En quoi Masaaki Yuasa est un réalisateur génial, contemporain et postmoderne

On en dira jamais assez sur Yuasa de mon coté, c’est donc pourquoi j’en rajoute encore une couche sur le blog. Mais plutôt que de parler de ses œuvres, j’aimerais aujourd’hui expliquer le pourquoi j’aime tant Yuasa, pourquoi il reste pour moi un réalisateur hors pair, et sans concessions mon favoris. Un sujet plus personnel, plus intime, étant donné que je vais tenter (je dis bien tenter) de parler un peu de philosophie de vie, alors même que je ne suis personnellement pas vraiment un professionnel en la matière. Mais cette facette est la pierre angulaire de mon intérêt pour se réalisateur, qui a réussi à me toucher comme aucun autre.

L’animation japonaise a le talent de proposer de manière continuelle une quantité de morales à la fois différentes mais aussi singulières, et surtout dans beaucoup d’œuvres qui la constituent. A force on s’habitue fortement à ses valeurs, pour presque les oublier tellement elles sont récurrentes et du coup, imprégnées en nous. Si l’on prend en exemple les shonens nekketsu, c’est-à-dire des aventures fortement typées et répondant à des codes, tel que Naruto, on se rend compte que ce genre comporte une philosophie humaniste très forte, avec notamment un de ses axes majeurs qui est l’idée de méritocratie où l’on est jugé non pas par sa naissance (ce qui est le cas dans une aristocratie) mais par ses actions. Cette idée est des plus représentatives dans Naruto, où l’enfant loup est méprisé dès le départ, il est en bas de l’échelle et c’est à travers ses actions et donc ses mérites qu’il évoluera au sein de la société. Je suis pour ma part persuadé que l’utilisation correcte de ses valeurs est un facteur prédominant dans le succès d’un shonen nekketsu, les lecteurs rêvant en fait d’un succès personnel. L’animation japonaise est ainsi coincée dans une philosophie moderne qui représente assez l’état général de la population, à la fois remplie de principes humanistes mais  aussi entre une doctrine du salut malheureusement tournée vers un conception trop matérialiste, voir une ignorance totale sur le sujet.

Et c’est bien parce que Masaaki Yuasa va tenter de toucher l’un des points essentiels de la philosophie que n’ose pas vraiment toucher les autres réalisateurs qu’il se distingue particulièrement, de plus avec un esprit postmoderne : La question du salut. L’avancée des sciences qui va favoriser l’émergence de l’humanisme au gré du christianisme va créer un scission au sein même de la question, là où avant il s’agissait de partager avant tout l’espérance d’une vie après la mort (ultra personnelle avec le christianisme), il s’agit dans la philosophie moderne et contemporaine de plutôt chercher un art de vivre, étant donné l’incapacité de l’homme à connaître ce qui l’attendra une fois son dernier souffle rendu. Dans les animés « habituels », cette conception de l’art de vivre est représentée avant tout par une réussite personnelle, et donc a pour but de vouloir réaliser une marque forte dans l’univers dans lequel vit le personnage. Bien que ce soit le plus souvent par un esprit généreux et altruiste que le héros va imposer son nom dans l’histoire, cela n’en reste pas moins emprunté très fortement pas une idée du salut plutôt ancienne, voir carrément stoïcienne où l’acheminement d’une vie correcte est soit réalisé à travers notre descendance, soit par des actes glorieux et épiques. A défaut de ne pas savoir que faire, autant que l’on soit sur le devant de la scène.

Et c’est bien là que Masaaki Yuasa, dès sa première réalisation, va avancer avec une idée postmoderne sur la question du salut. Mind Game est vraiment à voir si l’on veut cerner ce sujet, car il possède bien des points communs avec cette philosophie, qu’il va ensuite approfondir une nouvelle fois de manière importante dans sa dernière série Yojōhan Shinwa Taikei, bien que cette pensée ne quitte pas ses autres œuvres. De plus ce n’est pas seulement la question de salut que va ingérer Yuasa, mais aussi toute l’idée de déconstruction propre à cette philosophie. Cette idée est mise en avant dès les premières minutes de son film, avec une représentation de Dieu totalement détruite, ne servant ici que de prétexte à déclencher une réflexion personnelle chez le personnage (et le spectateur) mais qui est pourtant totalement déstructurée, possédant milles visages, signe peut-être de toutes les représentations faites par les religions. Une seconde idée serait qu’elle représente d’avantage une idée plus ancienne comme dans le stoïcisme avec un apport bouddhiste, Dieu étant alors une sorte de cosmos représenté par l’ensemble du vivants et du non vivants, ce qui aurait d’avantage de sens vu qu’il possède ici une puissance assez sacrée, celle de la réincarnation (mais ce ne serait pas la première fois qu’un mangaka (je rappelle par ailleurs que Mind Game est l’adaptation d’un manga qui n’est pas signé par Yuasa mais de Robin Nishi) utilise une entité vivante avec un caractère sacré mais sans pour autant l’être vraiment, Tezuka l’a très bien fait avec Phénix).

Là où l’animation japonaise a l’habitude de donner de l’importance à ce qui a été fait, c’est-à-dire dans des actes passés, ce qui est plutôt représentatif des comptes héroïques, les réalisations de Yuasa sont totalement encrées sur la condition présente de son héros. Ce qui est vraiment génial dans cette idée, c’est que Nishi (le personnage principal de Mind Game) effectue lui-même cette transition entre philosophie moderne et postmoderne, tout comme le fera le héros de YST. Tout d’abord ils sont dans le doute, mais surtout dans le regret de n’avoir rien accompli, ils sont complètement dans le déni de leur ressenti personnel, mais se concentrent plutôt dans celui que les autres ont d’eux. Ce n’est que plus tard qu’ils évolueront vers la recherche d’un épanouissement personnel et notamment par l’idée la plus présente dans ces deux animés : Celle de se surpasser et surtout de tenter. Je ne suis pas sûr (en fait, franchement pas du tout tellement c’est glissant) mais je pense que l’on peut rapprocher cette idée avec une pensée de Nietzsche, père de la philosophie postmoderne : La volonté de la volonté. Pourtant je trouve le rapprochement avec Nietzsche assez dangereux, notamment par le fait que Yuasa a comme idée de lâcher nos pulsions si nécessaire (très présent dans Kemonozume par exemple), choses allant totalement à l’encontre de la pensée du philosophe. Le héros ne vit ainsi plus dans la tristesse et le regret de ce qu’il n’a pas accompli, mais dans la jouissance du moment présent, dans la construction de lui-même, dans la formation pleine de son essence. Il s’inscrit donc complètement dans un processus d’acceptation de soi, une manière de rejeter cette peur de la mort par la réalisation de son être. C’est ainsi une idée fortement contemporaine, où notre présence dans ce monde n’est pas expliquée par la réalisation de nos actes mais par l’épanouissement personnel. Bien que les animés « habituels » associent fortement ces deux points (généralement le héros s’accepte de base), il s’agit en fait d’une insouciance de sa condition pour favoriser l’aspect glorieux de la réalisation unique de ce qu’il vient de faire. Ainsi les animés de Yuasa s’inscrivent bien plus que toutes autres dans le paysage de l’animation réaliste, d’une animation qui peut toucher de manière profonde son spectateur.

De plus, Yuasa a le talent d’utiliser avec succès l’animation pour proposer des idées nouvelles dans un milieu plutôt destiné à un jeune public, et donc peu enclin à ce genre de manœuvre. Son style n’a pas pour unique but de faire indé mais correspond bien plus à une recherche éclectique, d’utiliser au mieux ce média visuel qui est celui qui offre le plus de liberté visuelle à celui qui en veut (et c’est d’ailleurs pourquoi l’animation traditionnelle n’est absolument pas à rejeter) pour projeter ses idées. C’est un des traits du génie de Yuasa et c’est pourquoi au delà des autres animés, il a réussi à me procurer quelque chose que les autres réalisateurs n’ont pas réussi à transmettre, en me touchant à la fois dans une pensée qui m’est propre, mais aussi en utilisant de manière réfléchie et passionnée l’animation.

Petite note qui ternit malheureusement cet article, sachez que j’emmerde particulièrement tous les commentaires du genre « Belle branlette intellectuelle » et leur auteur, votre manque de compréhension et d’ouverture d’esprit n’a d’égal que votre maturité et apparemment aussi la reconnaissance que les autres vous octroient. Puisque il faut être sacrément stupide pour écrire un tel commentaire, d’une part car sa prouve que vous ne savez tout simplement rien écrire d’autre, non seulement dans l’idée du billet, mais aussi pour vous mettre en valeur, mais aussi car c’est une perte de temps considérable d’avoir ce genre d’attention sans aucune motivation intéressante, étant donné que ça ne vous apporte … rien.

5 réponses à “En quoi Masaaki Yuasa est un réalisateur génial, contemporain et postmoderne

  1. Je n’ai pas ta connaissance sur Yuasa Masaaki, ni une forme épatante ce soir (un peu malade), mais j’avais envie d’écrire deux trois trucs.

    Le faite que l’Homme cherche quelque chose pour contrer sa peur de la mort (principalement actuellement dans la science) est une idée assez récente, dut au faite que dans nos sociétés « occidentales » nous avons « tué » Dieu et la religion (c’est peut être ça l’image dans Mind Game). Jung en parlait déjà très bien dans les années 30-40 (et Freud un peu aussi, même s’il c’est pas trop fait chié), expliquant ce que ce mouvement actuel avait de contre-nature pour l’Homme, principalement par rapport à sa théorie des Archétypes.
    Pour ce qui est de Nietzsche, effectivement c’est glissant, mais pas dénué de sens je pense. Bien qu’il y aurait à redire sur la personne (après tout il vivait à l’antithèse de ses idées), il est vrai qu’il est, quelque part, le frondeur de ce mouvement.
    Après, savoir si l’épanouissement personnel est supérieur aux actes…c’est très français comme point de vue je trouve :p.

  2. Attention détournement de débat incoming.

    Je ne vais pas m’attarder sur Yuasa, je connais trop mal son œuvre et ne l’apprécie pas assez pour pouvoir débattre. Mais billet très intéressant néanmoins.
    Par contre un point au début a attiré mon attention. Tu semble considérer le shônen nekketsu comme humaniste.
    Je vais ignorer le fait que le « nekketsu » n’est pas un genre, contrairement aux fantasmes de wikipedia, mais un type de narration car ce n’est pas ce qui m’intéresse pour le coup.

    IMO il y a peu de récits moins humanistes que ces shônen mangas d’aventure à tendance nekketsu. Ces mangas qui nous disent que tuer son ennemi pour une cause « juste » c’est bien et qui prônent la violence comme solution ultime à tout les problèmes (même si fondamentalement la violence est bien la solution ultime à à peu près tout).
    C’est pas pour rien que les héros de ces types de récits sont souvent des simples d’esprits et que ses potes réfléchissent pour lui. Ces héros sont purs, ils n’ont besoin que de savoir distinguer le Bien du Mal au premier regard, pas de se poser des questions éthiques trop poussées car sinon c’est la porte ouverte aux pire dilemmes (comme nous le montrent les frères Elric qui sont mis plus d’une fois face à des choix très durs). Le générique de Busô Renkin résume ça parfaitement :
    En ce moment il y a un tas de choses que je ne pige pas du tout
    Alors je vais me contenter de suivre ce chemin dans lequel je crois
    Quels que soient mes ennemis, quels que soient mes alliés, je m’en fout
    Jamais je ne trahirais cette promesse écarlate

    J’irais même plus loin en fait, le dépassement de soit que prône ces mangas est nazi, au sens de W ou le souvenir d’enfance (conter-godwin les mecs, gardez vos points pour vous). Je veux pas relancer le débat stupide et stérile « les sayens sont ils des aryens ? », mais Son Gôku avec sa quête éternelle de la force pour la force incarne ça à merveille (à l’opposé on a Simon, qui une fois devenu l’être le plus puissant du cosmos a choisi de retourner creuser des puis car c’est là qu’en tant qu’être humain il sera le plus utile).

    • Au point près ou ce dépassement de soit n’est pas un dépassement hyper-rationaliste pour atteindre le stade du surhomme, c’est un dépassement éphémère au nom de la passion, de l’instant. On pourrait du coup plus voir le terme Nekketsu comme celui de coup sang que de sang bouillonnant (qui donne l’impression que le personnage est sous tension permanente, branché sur le secteur du coin).

      Cet aspect se voit particulièrement bien dans Gintama. Pendant la majeure partie de l’histoire, les personnages sont juste des crétins qui n’ont pour seul objectif immédiat de faire chier leurs voisins. Puis d’un coup, il se passe un truc. Parfois même, un truc très stupide. Et à partir de là, les personnages se réveillent tous un par un. La veille ils voulaient juste un peu d’argent pour payer leur loyer, le lendemain ils partent sur le champ de bataille avec juste leurs idéaux et leurs armes en bois. Ca devient nazi, comme le dit Tetho, si la seule chose qu’on en retient, c’est que Gintoki détruit de base spatiale par la seule force de la volonté (qui n’est qu’un élément purement dramatique qui n’a vraiment de sens). Mais ça, c’est juste du spectacle. La force en elle-même n’a pas d’importance, c’est même le contraire : toute force prétendue absolue est vouée à disparaitre.
      Et après tout ça, le héros repart dans son bureau pour reprendre le rôle du parasite qui va emmerder tout Edo.

      C’est particulièrement visible ici puisque Gintama est une série vouée à la non-continuité. Mais tu prends Jojo, tu trouves des trucs similaires : le Joseph Joestar de Stardust Crusader est méconnaissable. C’est toujours Joseph le stratège, mais c’est plus Jojo. Dans Soul Eater, cette passion momentanée est mêlée de folie et reste dans le cadre de l’instant, de ces passages et tout s’écroule avant de revenir à la normal. Que ce soit l’affrontement entre Maka et Chrona ou celui entre Black Star et Kid. Dès ce coup de folie commence à durer, y’a tout de suite quelque chose de malsain dans l’air et cette simple relation entre la passion (le courage) et la folie va sauver l’adaptation animée à la dernière minute avec la dernière réplique d’Ashura. Faudrait aussi mentionner les personnages qui finissent par mourir, le signe le plus évident du personnage devenu complet. d’autres fonderont une famille à la place.

      Tout ça pour dire, le dépassement de soi y est surtout une question d’épanouissement personnel. Il n’est pas vraiment question de devenir un surhomme (thématique qui va plus coller aux super-héros américains) mais plus dans la vague thématique de la découverte du soi véritable. Thématique ironiquement ré-interprétable à l’infini, contrairement à cette vision très réductrices et pré-cadré du shonen manga qu’on voit souvent. Au final, on pourrait très bien s’amuser à chercher en quoi Naruto et Hourou Musuko parlent de la même chose.

      Mais du coup, ça rend le rapprochement avec Yuasa un peu étrange. c’est possible, c’est pas impertinent mais pas assez spécifique. Je vais parlé de Yojo-han Shinwa Taikei puisque c’est le seul que j’ai vu entier, mais en dehors d’une vague mention de la seconde d’éternité dans les derniers épisodes, le parallèle est assez boiteux. Ce qui me parait plus intéressant par contre dans Yojo-han, c’est l’opposition entre la pièce étroite dans laquelle le personnage vit et l’univers infini. Les deux derniers épisodes ne parlent que de ça et plutôt qu’un vision humaniste, mes maigres connaissances philosophiques (parce que je suis un cancre dans cette matière presque plus que dans pas mal d’autres) identifient du Pascal. La misère du philosophe seul dans sa chambre étroite, l’infiniment grande et l’infiniment petit, l’idée selon laquelle on devient grand en prenant conscience de sa bassesse (ce dont l’univers lui-même n’est pas capable). Ce n’est justement pas une prise de conscience momentanée comme c’est le cas dans le nekketsu, c’est pas l’éclair qui révèle la vérité pendant une seconde.

      Comme l’a dit Tetho, le Nekketsu, c’est plus une manière de raconter (et t’as du me fréquenter assez pour savoir que je pense que dans une fiction tout n’est qu’une manière de raconter alors que l’évènement lui-même est toujours remplaçable) qui va pousser le nekketsu à toujours glorifier l’instant et au dépassement de soi par la passion violente.

      A part ça, tu serais pas en train de lorgner sur mes plates-bandes, Jevanni ?
      Fais gaffe, t’es pas sans connaitre le sort funeste de tes prédécesseurs =<…
      Avec l'Affreux Plouf qui signale l'article sur AK, ça sent le complot.

      • A part ça, tu serais pas en train de lorgner sur mes plates-bandes, Jevanni ?
        Fais gaffe, t’es pas sans connaitre le sort funeste de tes prédécesseurs = Comment ça ?😮

  3. Je suis mitigé sur cette idée, tout d’abord car le plus souvent il n’y a vraiment pas directement une idée de peine capitale, de plus ce genre de sentiments dans les mangas interviennent plus après une sorte de haine développée par le personnage. Au fond ça reste aussi dans un logique méritocratique, je n’ai pas encore vu un héros de nekketsu fracasser une personne pour n’avoir rien fait, le combat a toujours lieu après les actes d’un des personnages. Après je conviens parfaitement que l’humanisme dans le manga ne le régit pas pour autant, il y a aussi d’autres points importants qui se mélangent avec lui, de plus la diversité des différentes approches rajoute une couche. On ne peut pas approcher de la même manière HxH et Naruto.

    En ce qui concerne l’idée de héros pur, j’adhère totalement, je pense d’ailleurs tout de suite à Gon dans HxH, quelques pages du manga traitent même de cette idée (quand ils sont dans les enchères). Mais après, ce n’est pas pasque ces héros sont purs qu’ils peuvent faire preuve d’un humanisme à toutes épreuves ? Faut que je pense à ça posément …

    Pour le genre nekketsu, ça m’apprendra surtout à écrire sans réfléchir.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s