Conan le fils du futur : La bonne série de Miyazaki

Aujourd’hui je vais faire une review de mon dernier animé coup de cœur, ce qui ne fait pas de mal étant donné que la dernière fois que j’ai parlé d’une série revient à environ … 7 mois. La première fois que j’ai du entendre parler de Conan le fils du futur doit être sur le blog de Gen avec un bel article écrit de sa plume, la présentation était on ne peut plus encourageante mais par une sensation que je ne comprends pas moi-même, j’étais toujours assez sceptique sur la qualité de la série. C’est finalement suite aux encouragements de Tetho que je me suis lancé, et il faut avouer que je ne regrette absolument pas.

Mirai Shonen Conan est la première vraie réalisation de Miyazaki en tant que réalisateur et pourtant c’est celle que l’on semble connaître le moins, son image de maître du long-métrage populaire chez nous y étant sûrement pour quelque chose. Ceci est sûrement dû à une méconnaissance du parcours de Miyazaki dans l’animation en dehors de son action dans le studio Ghibli, voir même avant Princesse Mononoke (à l’exception peut-être de Porco Rosso). Mais cela est encore plus critique pour cette série que ce qu’il en est de Nausicaa qui subit tout de même un petit coup de vieux, et (je trouve) qui perd progressivement son statut de mythe au sein de la communauté de fan d’animation. Pourtant cette image que l’on peut avoir de ce réalisateur uniquement en tant que créateur de récits plus courts (entendons par là long-métrage) est quelque peu faussée. Son manga Nausicaa en est une preuve (et soit dit en passant est génial), démontrant qu’il peut aussi exceller dans la réalisation d’histoire possédant une trame plus longue. Il faut tout de même noter que la série a maintenant 33 ans, ce qui est assez énorme en fait.

En 2004 un cataclysme dû à la folie des Hommes à ravager la Terre, notamment grâce à des armes surpuissantes. Conan est un petit garçon à la force, l’endurance et aux réflexes presque sur-développés habitant seul sur une île avec son grand-père. Un jour il découvre une jeune fille, Lana, échouée sur le rivage au milieu de nul part, poursuivie par un groupe d’hommes armés et à la recherche d’une mystérieuse forme d’énergie. S’en suit alors une histoire d’aventure, d’initiation au cours de laquelle Conan va faire la rencontre d’autres personnages, mais surtout de tout un monde complètement déstabilisé par le précédent cataclysme.

La série suit beaucoup d’idées qui feront la marque de fabrique de son réalisateur : Écologie, respect des autres, espoirs dans l’avenir et dans la vie, valeurs humaines. Et comme la souligner Gen dans son article, il est étonnant et à la fois drôle de pouvoir faire presque systématiquement à chaque épisode des comparatifs entre des éléments de la série avec ceux de ses futures réalisations. Le visionnage de la série m’a aussi donné l’impression que l’on a perdu dans l’animation contemporaine des animés possédant une réelle ligne dans leur scénario, pas tous bien sûr. Mais actuellement beaucoup de série se contente de poser un contexte original (et encore) en ne cherchant pas à le renouveler à l’intérieur même de la série, du coup on enchaîne une suite d’épisodes qui ne font en rien avancer une intrigue de base, mais se contentant de se reposer sur des mini développements fournis pour chaque épisode. A son inverse, la série Conan suit un fil directeur tout au long de la série, sans pour autant ne pas se permettre d’étoffer le scénario et ses personnages, tout comme il en est pour d’autres très bonnes séries telle que Fushigi no umi no Nadia.

Si j’avais peur que la série n’arrive pas à garder son rythme tout au long de ses épisodes, il n’en est en fait rien. Cela est dû à une constante évolution de l’histoire, Conan va et vient dans différents endroits, fait des rencontres pour partir à nouveau ensuite, il y a très peu de moment où l’on peut s’ennuyer. Cela est aussi dû à une animation dynamique notamment grâce au personnage même de Conan, véritable locomotive aux compétences clairement surhumaines, permettant des actions parfois voir complètement surréaliste rendant ainsi les différentes scènes proposées encore plus jouissives. Finalement il n’en est rien, la cadence est très bien assurée jusqu’au derniers épisodes, j’ai uniquement senti un petit manque de punch dans le milieu de série (sur High Harbor), mais rien de très important.

Je suis particulièrement attaché aux messages transmis dans les films de Miyazaki. Soulignons d’abord que le film s’axe principalement vers l’espoir dans le futur, thème qui sera aussi présent dans ses prochains films en trame de fond, je me souviendrai par exemple toujours d’une phrase de Mononoke Hime où Toki dit « Tant que y’a de la vie, y’a de l’espoir ! ». Cette série fait l’apologie de cette idée, allant même jusqu’à en faire son titre. Conan représente l’avenir, en réalité Conan représente avant tout une jeune génération qui vit au quotidien en respect avec la nature, mais aussi avec les autres. Mais j’imagine, du moins je pense, que Conan peut aussi représenter une sorte d’évolution de conscience, elle aussi très proche du message habituel de Miyazaki, de nous spectateur, dans le monde d’aujourd’hui. Comme on pourrait le développer longuement, la série se base sur une évolution et une réflexion de notre action sur l’environnement, et sur le fait qu’un jour ou l’autre, notre négligence de ce mouvement causera un effet retour. La série est en réalité une vraie allégorie sur cette idée, notamment avec la présence et l’évolution de la puissante Industria, ville en plastique, reflet de l’ancienne technologie et de la volonté de l’homme à vouloir dominer la nature.

La série possède aussi un fort message humain, comme pour ses autres films. Quelques personnages auront un changement de conscience, certains en se déliant d’une contrainte qui les gênées quelque peu (pour le capitaine) et pour d’autres c’est une profonde évolution intérieure, tout cela étant mené par Conan, qui joue ici un rôle presque spirituel grâce à sa gentillesse, sa compréhension des autres et son honnêteté. Cela est un des points les plus forts dans la vision de Miyazaki d’une évolution en chacun de nous d’aller de l’avant dans le « bien », mais pas de manière irréaliste, car c’est tout en admettant qu’il y ait un élément précurseur à cette action.

L’ensemble des personnages jouent très bien leur rôle de manière respective, jusqu’au personnage machiavélique par excellence qui possède un entêtement digne de ce qu’il caractérise : Une folie humaine à vouloir toujours plus de puissance, même s’il aurait été intéressant de le voir tomber dans une folie comme celle que l’on peut voir dans Ima, Soko ni Iru Boku (animé génial à voir au passage). La relation Conan/Lena est particulièrement bien réussie pour une série pour enfant, notamment car elle tourne autour d’une romance sans pour autant tomber dans ce que j’appellerais un gnangnan à l’eau de rose, elle reste cependant assez idéalisée par Miyazaki. Le personnage de Lena joue plus sur un coté psychologique que physique, elle gardera d’ailleurs constamment sa foutu robe rouge pour toujours se bien faire voir par l’ennemie (je n’ai toujours pas compris cela). Cependant elle possède une sorte de force de caractère qui lui évite de tomber dans le cliché de la fille inutile assez présente dans l’animation, chose d’ailleurs elle-même parodiée dans la série quand l’ami de Conan lui demande si elle possède ces caractéristiques et que Conan le contredit. On observe parfaitement ce point dans la scène où Lena se noie en voulant donner de l’oxygène à Conan, démontrant sa persévérance et ses convictions.

Représentation même du caractère limite absurde de la force de Conan : Détacher un bout de mur pour se délivrer ? Aucun problème.

Certains trouvent que la série fait preuve d’une certaine violence, je suis assez mitigé sur ce point. Effectivement la série possède un réalisme et les balles pleuvent, cependant cette violence n’est jamais montré dans toute la série mise à part une seule fois où un personnage se prend une balle. C’est aussi en gardant à l’esprit que les séries d’animation japonaises sont de manière générale assez directes et violentes, si l’on prend par exemple Uninhabited Planet Survive qui est une série pour enfant par excellence , on voit des scènes bien plus pénibles (notamment un épisode où l’héroïne se déshydrate seules sur une île déserte …). La série garde ainsi une approche très enfantine de la chose, appuyée aussi par le coté un peu burlesque que prenne les combats face à l’agilité exceptionnelle de Conan et l’inutilité des armes.

Chose assez étrange, la série semble faire preuve d’un esprit quelque peu machiste, relevant assez bien le caractère même de la société japonaise. Mais il faut avouer que ce n’est pas habituel de Miyazaki que d’exposer de telles idées dans ses film d’animation, voir même tout le contraire dans des films comme Mononoke Hime. Ici les allusions sont multiples, par exemple à l’exception de Monsley on ne voit presque aucune femme dans Industria, zero, nada, que dalle, même pas dans la cité souterraine. Cette idéologie à la japonaise se ressent aussi lorsque le travail est mise en avant dans la série, en déterminant la fierté d’un homme uniquement par son travail. La série semble aussi prendre le coté un peu marxiste qu’avait Miyazaki dans ses premières années en tant que réalisateur, notamment avec une idéalisation de la classe ouvrière qui se veut tout le temps juste mais maltraitée.

L’animation de manière générale est très agréable, bien plus que ce que l’on peut penser d’une série qui a dépasser ses 30 ans. Si elle admet quelques imperfections ici et là, on sent tout de même qu’elle a été bien peaufiné malgré le poids de l’âge que l’on ne pourra pas lui enlever. Je suis un fervent défenseur des voix japonaises et j’admets avoir une certaine répulsions innées envers les voix françaises, mais je trouve tout de même qu’ici elles sont particulièrement mauvaises, j’ai un moment zappé et le professeur Rao semblait tout droit sortir d’un épisode de Donjon de Naheulbeuk couplé à un cancer de la gorge. Le générique français vaut aussi de l’or, car si on sent que l’idée est là et que l’on se doit d’apprécier l’effort fourni pour coller à l’œuvre, on a tout de même du mal à garder un air sérieux face aux paroles d’une qualité on ne peut plus discutable (ta force megapuissante ~).

En conclusion

Finalement c’est une très bonne série qui nous est offerte ici, qui mérite autant d’être vue que la majorité de ses films. Pour peu que l’on ne soit pas allergique à une animation qui se doit d’être old-school, tout ce qui a fait le plaisir de l’animation de Miyazaki est présent dans cette série et surtout dans toute sans continuité. Le personnage de Conan joue un rôle prédominant dans la série, rajoutant un coté divertissant non négligeable, couplé alors à des thèmes et une morale, cela reste un très bon spectacle. Du moins, si vous avez bien aimé le cinéma proposé par le réalisateur jusqu’à là, ou alors des séries comme Fushigi no umi no Nadia, je vous conseille de vous procurer la série si vous en avez l’occasion (une bonne affaire est présente sur le site Manga distribution en ce moment même normalement).

* HS : Oubliez l’idée d’une quelconque régularité pour les AJ, j’ai un sérieux problème à résoudre concernant ce point là.

5 réponses à “Conan le fils du futur : La bonne série de Miyazaki

  1. Alors ça fait déjà bien plaisir de voir quelqu’un qui n’est pas juste « fan de surface » et qui développe bien ses billets en une prose fortement sympathique.
    Ensuite, j’adore le travaille de Miyazaki mais je l’ai toujours connu qu’à travers ses œuvres issues des Studio Ghibli (je plaide coupable) de Nausicäa à Arrietty en passant par Omohide poro poro. Son univers en dehors de ce studio reste pour moi assez floue et j’avoue être à présent piqué par une certaine curiosité après avoir lu ce billet. Je crois même me rappeler à présent avoir entendu parler de sa collaboration pour un jeu vidéo dont le nom m’échappe totalement… à voir.
    Enfin bref, tout ça pour dire merci en fait. Je vais pouvoir découvrir un nouvel aspect de Miyazaki, sans aucun doute.

  2. Si je ne t’avais pas convaincu de jeter un oeil à la série, je me dois de considérer ça comme un échec plombant. Heureusement que tu t’es finalement décidé à franchir le pas🙂

    Le parallèle que tu dresses avec Nadia au niveau de la trame scénaristique est très juste, ça m’était aussi venu à l’esprit avec le fameux twist du grand père de Lana mais je ne me souviens pas l’avoir évoqué dans mon billet. Concernant la violence, je dirais qu’elle est en arrière-plan, pas trop visible histoire de ne pas choquer les plus jeunes mais perceptible par les adultes avec un minimum d’attention. La classe ouvrière est quand même rabaissée au rang le plus pas, étiquetée et entassée comme de la viande, ça m’avait assez marqué (même si ça sent le marxisme fanatique à plein nez). Plus tard, c’est Ima, Soko ni Iru Boku qui a pris la relève en décidant carrément d’exposer cette violence au grand jour, les deux héros idéalistes étant assez similaires, je crois qu’on peut affirmer sans se tromper qu’une série s’inspire de l’autre.

    Je trouve surtout la relation Conan/Lana parce que la série s’entête à séparer les deux tourtereaux, et leur laisse très peu de répit lorsqu’ils sont réunis. Je me demandais même s’il ne comptaient pas les séparer pour de bon au final, mais le positivisme de Miyazaki a repris le dessus (il a fallu que j’attende la série précédemment citée pour être satisfait sur ce point). Mais c’est en même temps cette force totalement irréaliste et positive qui a fait de Conan l’un de mes personnages favoris des productions du réalisateur, probablement celui qui m’a le plus marqué jusqu’à maintenant. Pour ce qui est de la place de la femme, je note tout de même qu’aussi peut nombreuses soient-elles, elles jouent un rôle capital dans l’aboutissement de l’aventure. Monsley est une sacrée féministe, et c’est cet aspect qu’on retrouve bel et bien dans Mononoke Hime. Plutôt que du machisme, je dirais que les femmes sont élevées au rang de symboles qui n’ont pas leur place au milieu du commun des mortels, encore moins dans une part de l’humanité « sale » qui a pris le mauvais chemin (Monsley a retourné sa veste, et c’était la seule femme d’Industria du casting). C’est probablement Miyazaki lui-même qui les admire et les idéalise avec les yeux d’un grand enfant, en refusant d’admettre qu’elles peuvent être aussi faibles, malléables et pathétiques qu’un homme.

    J’avais pas fait attention à la robe rouge pétard de Lana tiens, c’est vrai que ça doit pas être évident de passer inaperçu avec un accoutrement pareil. Mais bon, c’est le genre de petite incohérence qu’il ne faut pas trop prendre au sérieux, auquel cas c’est la série entière qui devrait en prendre pour son grade (à commencer par Conan et ses « superpouvoirs », que je mettrais bien sur le compte d’un psychisme débordant). C’est le genre de détail qui trahit le côté « icône immuable » que Miyazaki a voulu lui donner, consciemment ou pas.

  3. Je dois admettre que je n’étais pas très enthousiaste à l’idée de voir cette série mais… Ton article donne vraiment vraiment envie. Je regrette juste que le gros méchant machiavélique soit (si j’ai bien compris) assez classique au final…

  4. En fait le méchant dans cette histoire est une vraie ordure sans âme, qui symbolise ici le regard de l’homme vers son passé, à toujours vouloir plus de pouvoir et revenir à son contrôle total. En cela il est un peu différent des autres œuvres de Miyazaki car il restera dans cette condition, mais en fait c’est aussi car un autre personnage aura un retournement de situation. Si ce n’est pas le personnage qui se distingue le plus, il tient par contre parfaitement bien son rôle. Je ne pense pas que tu devrais t’arrêter à ça.

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