Le nouveau Inio Asano étincelant

Aujourd’hui je suis allé chez mon libraire à la base pour acheter le dernier tome de Ashita no Joe et Happy, pourtant je suis tombé sur une couverture qui m’a fait de l’oeil totalement par hasard, je feuillette et je me rends rapidement compte que c’est visuellement très proche du trait de Inio Asano (浅野 いにお), normal … c’était de lui. Asano est « mon » Yuasa du manga, il est particulier et réalise un contenu différent de ce que le manga propose généralement, c’est un mangaka que j’admire et que je respecte tout particulièrement, il est de ces auteurs qui n’ont pas de bol chez nous et souffre malheureusement de la stigmatisation du manga pour enfants. Pour cette raison je n’ai même pas pensé une seule seconde à regarder le prix et je passe à la caisse, mais cette fois-ci contrairement à Solanin ou Un monde formidable, je me suis dit que je devais avoir une lecture posée, au lieu de faire comme à mon habitude, c’est-à-dire dévorer le manga pour ensuite faire une seconde relecture. Si je fais limite un déballage de vie ici, c’est parce que La fin du monde, avant le lever du jour est vraiment un manga qui m’a touché, que j’ai ressenti. Je vais donc tenter de faire parler ici mes sentiments plutôt qu’une analyse purement synthétique de l’œuvre.

C’est bon, assez de ce genre de truc, c’est chiant. Les samplers ou ce genre de trucs, ça ne doit pas être pour moi. Aujourd’hui ma grande question existentielle, c’est de savoir si je vais arriver à mettre la main sur des films pornos via des sites sécurisés.

Chapitre 17

Avant d’attaquer l’œuvre en elle-même, je vais parler de l’édition. Made in est un label que j’apprécie beaucoup chez mangakana, comme pour son concurrent Vintage chez Glénat même s’ils ne s’attaquent pas vraiment aux mêmes produits. Ils ont pour qualité de proposer une autre sorte de manga, plus orientée jeunes adultes. Une fois le manga acheté, j’ai retourné le bouquin pour voir de manière assez étrange le prix de l’ouvrage. 15 euros. D’habitude je ne fais pas vraiment attention au prix des mangas, il faut dire que sans le vouloir les mangas que j’achète sont souvent assez chers. Mais là j’ai tout de même trouvé ça étrange. Et il semble que je ne suis pas le seul. C’est tout de même fort dommage de la part de Mangakana de faire cette hausse de prix exorbitante, même si j’imagine assez bien l’idée. Inio Asano fait partit de ces auteurs qui ont réussi à trouver un public de niche dans un marché déjà de niche. Ils savent que la plupart de ceux qui sont attachés à l’auteur sont des jeunes adultes ou voir un peu plus vieux, qu’ils ont plus de moyen, et qu’étant donné que c’est un one-shot, ils y mettront le prix. C’est triste. C’est une stratégie navrante quand on a dans l’idée de vouloir populariser plus l’auteur, à la même image de Jirō Taniguchi (谷口 ジロー) par exemple. L’augmentation du prix de ce genre de manga le conduira peut-être à sa perte, nous aurons alors tout le loisir de jeter la pierre, une larme à l’œil.

Je me suis rendu compte que mes confrères Mackie et David avaient déjà fait une review sur le sujet, je vous conseille de les lire si vous souhaitez avoir un avis avec plus de recul. Je pense que nos articles ont la qualité de se compléter, David ayant fait une critique du manga dans sa globalité, alors que Mackie a réalisé une analyse pour chacune des parties composant l’œuvre. Je ne ferais pas non plus de présentation de Asano, non trop par flemme de le faire, mais surtout car Ileca s’en est chargé de manière très convaincante sur son blog. Comme dit auparavant, mon article se posera plus sur mon ressenti personnel du manga dans son ensemble, même si cette pensée pourrait représenter assez bien tout ce que m’évoque tous les ouvrages que j’ai pu lire de Asano.

Pour une fois je n’ai pas choisi mon titre au hasard. En effet les mangas de cet auteur me donnent cet effet, comme un jet de lumière intense mais qui reste bref, vous donnant conscience d’une parcelle de vous-même avant de disparaître. J’ai 20 ans et je dois faire parti de ces jeunes qui se sentent quelques fois complètement largués par la société, on ne sait pas vraiment où on va, on sent que l’on devient peu à peu adulte, on voit des gens plus âgés de quelques années qui commencent à former une famille, mais pourtant on se sent toujours jeune. Cette même société nous a forcé à ne pas en parler, à nous laisser une sorte de malaise que chacun garde pour soi, et ça finit souvent par éclater de manière violente. C’est tellement flagrant, voir même terrifiant par moment, que je me souviens d’avoir fait éclater en sanglot une amie sans le vouloir, me démontrant la force de ce manque de repères et de partage chez nous. Et c’est la force des récits de Asano, il nous lance en pleine face une vision tout d’abord pessimiste puis ensuite optimiste de la vie, de ce manque de repère.

Le manga narre différentes petites histoires réalisées par l’auteur à la même manière de Un monde formidable, 15 récits qui de base semblent totalement indépendants mais qui sont en fait reliés par une même pensée commune : Aller de l’avant malgré les difficultés (un grand air de Mind Game, hein ?). Les différentes histoires touchent de manière différente, n’ont pas le même impact et ne l’auront d’ailleurs pas le même sur chacun d’entre nous. Si je trouve que ce manga est clairement dédié à cette jeunesse en train de devenir adulte, Asano pose le contraire à travers Retour à la maison, racontant la vie d’un salary man complètement largué et désabusé par la société et qui décide de retrouver ce qui l’a fait avancé par le passé. Par cela il tente de montrer que les maux qui nous font du tord peuvent aussi atteindre ces quarantenaires, et donc à priori tout le monde. C’est d’autant plus mise en avant que l’histoire de cet homme se passe en parallèle avec le destin du jeune fille se posant les mêmes problèmes, appuyant encore plus sur cette ressemblance.

Manque de repère, je me répète mais c’est clairement le mot d’ordre de tout le manga. S’en suit alors une volonté d’aller de l’avant, démarrer une nouvelle vie. On tire alors le titre du manga (La fin du monde. Avant le lever du jour), la fin du monde désignant cette déchéance progressive de l’être humain, complètement perdu, vers un nouvel avenir, un nouveau jour désigné par le lever du soleil. Pour cela il faut se remettre en question, faire le point et ne pas hésiter à poursuivre sa vie et ses rêves, quitte à se prendre un mur. Yuasa disait dans une de ces interviews : « Le manga original dit « Fais le ! Vas-y ! Ne laisse absolument rien t’arrêter ! Tu peux faire n’importe quoi si tu essayes ! ». Personnellement, je n’ai pas assez de confiance pour aller aussi loin, donc j’ai quelque peu diminuer l’intensité de ce message. Donc c’est toujours « Tu peux faire n’importe quoi si tu essayes ! » mais de manière légèrement tempérée, je l’avais en train de se ruer tête la première dans un mur après tout. Mais même si vous subissez des échecs, l’idée importante est d’essayer. Le résultat n’est pas important. La chose important là dedans est d’apprécier le fait de faire des efforts. » (il parlait alors de Mind Game, c’est une traduction personnelle, tenez en compte).

Je suis tout d’abord resté très sceptique à ce message, après tout nous sommes pour la plupart continuellement en train de vivre une vie que nous n’avons pas forcément visualisé par le passée. Pourtant cette phase de transition que nous vivons va déterminer notre avenir, pour fréquenter quelques personnes sur internet je me rends compte que majorité d’entre nous sommes en fait complètement largué par nos sentiments. A la fois une envie de suivre notre passion, pourtant nous faisons presque tout le contraire. On se retrouve à faire quelque chose sans trop le vouloir, on s’enfonce un trou dans lequel on se pose et on creuse jusqu’à qu’on se rende compte qu’il devient de plus en plus profond. Dernièrement Danny Choo a fait une sorte de biographie de sa vie dans laquel il a déclaré : « My dream came true. I was going to live and work in the land of the rising sun. All the hard work over the previous few years paid off. Discover and live your passion and the rest will just follow – it always does. Never give up. Don’t make barriers for yourself and especially don’t let barriers that other people put in your way stop you. Listen to your heart and forge forward. ».

Si le message délivré par Asano est plus grand, car il s’attaque directement à notre ressenti de notre vie et pas seulement une histoire de passion, cela revient presque au même. Il propose quelque chose de fort qui devrait nous toucher plus que l’on se le permet, c’est un message de vie et d’encouragement incroyablement positif. Je cherchais récemment ce qui me donnait encore envie de lire des mangas, ce genre d’œuvre en est l’exemple et nous montre que ce support propose autre chose que des romances pour la plupart irréelles ou des fantaisies côtoyant le niveau de certaines productions américaines de bas étage. C’est une perle et un feu directeur qui influera sûrement le courant de votre vie si vous le permettez. Asano restera ainsi l’un de mes mangakas préférés. Je vous encourage ainsi ne serait-ce qu’à le lire une fois en libraire, de vous attarder par la même occasion à son texte Avant le lever du jour, résumant parfaitement cet état de pensée et d’une réalité touchante. Je ne critique pas ici tout l’aspect visuel de l’œuvre, il reste comme à l’habitude de l’auteur très agréable. On remarquera une diversité dans les traits à travers les différentes histoires, par exemple Dimanche après-midi 18h30 est très proche de Solanin, sûrement dû au fait qu’il l’ait écrite juste après. Les quelques illustrations couleurs sont très belles, mais encore une fois elles ne justifient pas ce prix prohibitifs. Vraiment dommage pour cet auteur que j’affectionne tout particulièrement, jusqu’à l’affliction (référence inutile de ma part …).

5 réponses à “Le nouveau Inio Asano étincelant

  1. J’avais déjà lu les scans anglais mais la nouvelle de cette sortie me promettait alors une relecture agréable dans une langue plus commode. Je m’élance vers une librairie le jour même de la sortie avec dans ma besace l’idée de relancer la seconde partie de ma présentation de l’auteur. J’étais comme qui dirait, plein d’énergie.

    15 euros, format ridicule, je ne me rappelle plus trop mais je crois que le papier (pages et couv) était bien pourri. Je suis reparti la rage au cœur devant une telle incompétence en sachant que si, moi, je me refuse à acheter ce bouquin, ceux qui n’ont pas d’affinités avec INIO ne pardonneront pas cette grosse arnaque.
    Ce n’est pas la première fois que cela arrive. J’ai voulu acheter le second tome de Solanin et c’est pour remarquer que toutes les éditions avaient une couverture mal coupée qui ne recouvrait pas toute la surface du manga.

    Au final, fuck ma seconde partie et fuck Kana.

  2. Merci de partager ton ressenti, qui n’est pas éloigné du mien, même si j’ai deux fois l’âge que tu dis…
    Au sujet du prix, je suis d’accord, bien sûr, comme je l’ai déjà dit. J’ai acheté quand même, mais parce que je connaissais déjà Inio Asano, et que je savais que je n’allais pas être déçu par l’oeuvre… mais pour les autres, ceux qui ne connaissent pas encore, cela risque d’être rédhibitoire.

  3. Même impression ici. Je suis fan d’Inio, alors j’ai acheté… tout en trouvant ridicule le choix du format. Le papier, ça va ça ne me dérange pas trop, mais on nous avait tellement habitué à des beaux produits avec les autres sorties précédentes… KANA, je comprend le but (faire toujours plus de fric), mais à long terme, ça ne fonctionnera pas… Oui, on achète quand même, mais nous ne l’aurions peut-être (sûrement) pas fait si nous n’avions pas connu l’auteur…

    il faut pas trop se foutre des gens qui font que vous puissiez vivre…

  4. Très belle critique…que je partage totalement!

    Je t’invite d’ailleurs à lire le petit bout de blog que j’ai consacré à Asano il y a déjà de longs mois…vraiment un auteur marquant, plombé par une politique tarifaire totalement délirante (j’ai reposé le bouquin alors que j’allais passer à la caisse sans avoir regardé le prix^^).

    http://blog.gamekult.com/blog/bibendum94/123246/manga-focus-sur-inio-asano.html

    Au passage, la référence à « L’Autre Monde »: claaaaaaasse…

  5. @Stephane : Au contraire, je trouve que Kana est l’un des meilleurs niveau édition. Faut voir ce que Panini a pondu avec 20th Century Boys. L’un des meilleurs mangas de l’histoire avec l’une des pires éditions. Ca m’a frappé, et je me dis que le fait que les Inio ASANO soient édité chez Kana est une bonne chose. En revanche, +1 pour ce volume. C’est inapproprié et de surcroît, ils l’ont vendu à 15 €.

    Pour en revenir au sujet, belle chronique \o/
    Intéressant de voir la popularité croissant de ce mangaka au grand talent. En revanche, j’espère que la série Oyasumi Punpun sera éditée rapidement (par Kana également), sinon, on risque de manquer cruellement d’ASANO pour les prochains mois (années?).

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