Japanime : Vers la reconnaissance d’une animation plus atypique ?

Depuis quelques temps je me suis demandé ce qui m’a amené à préférer l’animation au films en prises de vue réelles, et plus spécialement l’animation japonaise. Dans des commentaires disponibles dans le coffret collector de Jin-roh, Christian Volckman, le réalisateur du film français d’animation Renaissance avait décrit l’animation japonaise comme unique par sa réalisation et par ses thèmes plus sérieux. Un autre commentateur prenait en exemple que l’animation occidentale ne savait pas faire dans des productions plus originales et s’adressant à un public adultes sans passer par une dérision totale, comme c’est le cas pour des séries comme Les Simpsons ou South Park. Contrairement à ça, l’animation japonaise réalise quelques productions de haute qualité et qui sont à l’opposé des productions lambdas. C’est très intéressant car même si elle propose ce genre de métrages, ce n’est pas pour autant que le succès est au rendez-vous, majeur de ce genre de production reste d’ailleurs un peu à l’écart. C’était même assez drôle d’entendre le réalisateur de Jin-roh (Hiroyuki Okiura) parler de la réception de son film sur l’archipel, en disant en toute honnêteté qu’il avait envie de tuer les quelques personnes qui lui ont dit qu’ils n’ont pas su apprécier son film avant tout car les personnages n’étaient pas assez charismatiques.

Pourtant je n’ai pas l’impression que l’animation japonaise possède vraiment un grand écart avec l’animation occidentale en fonction du nombre de productions, car c’est en oubliant que le Japon est surtout une machine à séries. De plus le monde de l’animation occidentale accueille aussi des bonnes productions plus sérieuses, en ne citant que Persepolis ou Valse avec Bachir. Celles qui percent, et je veux dire par là qu’elles sortent dans la plupart des cinéma, se comptent sur les doigts d’une main pour les dernières années, cela démontre bien que l’animation de manière générale souffre de sa stigmatisation comme un média presque uniquement réservé aux enfants. En réalité c’est quelque chose qui m’énerve vraiment, pour l’anecdote personnelle j’ai été choqué de voir qu’une de mes connaissance à refusé catégoriquement de croire que l’animation pouvait aborder un autre public que celui des enfants. On peut dire que ce comportement est un peu extrémiste car même celui qui ne s’intéresse pas à l’animation se rend bien compte que certaines productions sortent du lot, mais pour autant ça montre bien l’idée globale de ce que les gens pensent de l’animation.

John Opplieger est même allé plus loin, en expliquant que cette aversion générale envers ce média a rendu les fan plus prétentieux qu’ils auraient pu l’être. Il s’agit bien évidemment de considération sociale, de rentrer dans le moule, mais on est tout de même en droit de se demander s’il ne vaut mieux pas regarder le dernier gundam, plutôt que la dernier film hollywoodien à la mode qui n’apporte pas plus de valeurs. A l’inverse on peut aussi se demander ce que nous apporte des séries à l’intérêt plus que douteux, que cela verse dans l’ecchi, le moé, le nekketsu et bien d’autres genres. C’est donc avec une assez grande tristesse que l’on se rend compte que l’animation a du mal à avancer par son image enfantine. Un amis m’a prêté récemment Irreversible de Gaspar Noé ainsi que Vidéodrome de David Cronenberg, deux films assez différents l’un de l’autre mais qui m’ont donné chacun un nouveau point de vue du cinéma de part leur réalisation et leur mis en image. Dans ces films ils ne s’agit pas d’une technique particulière mis en oeuvre, ou d’effet spéciaux (même si Vidéodrome possédait de bons moyens techniques pour son époque)  mais plutôt d’une volonté de transmettre une idée avec les moyens possibles. Je pense que c’est largement possible en animation, voir même bien plus comme l’a montré Masaaki Yuasa. De plus l’animation est un univers libre et il donne bien moins de contraintes que pour un cinéaste avec des acteurs.

Évidemment il est difficile, voir même impossible pour moi/nous d’influencer dans les productions faites au Japon, néanmoins je pense que l’on devrait accorder plus d’intérêt à ces productions en tant que spectateurs. Il faut arrêter de penser que Death Note possède un scénario sérieux par  son faux jeu de questions réponses entre les personnages. Il serait bien plus intéressant de promouvoir l’animation en y cherchant les pensées de l’auteur, de comprendre les morales de fond plutôt que de se contenter de se nourrir du premier plan d’un anime. Bien sûr ils ne se prêtent pas tous à ses conditions et je ne veux pas faire de jugement de valeur, libre à vous d’aimer ce que vous appréciez. Seulement de manière générale j’ai l’impression que la fan d’animation lambda ne cherche pas à s’attaquer à ce genre d’animation. Comment peut-on dire que l’animation japonaise n’a plus rien à offrir depuis quelques années sans avoir vu une seule production de Yuasa ou Oshii ? J’espère vraiment que les fans d’animation français de base comprendront que l’animation a bien plus à offrir que des seins et des robots géants, car c’est pas avec un noyau de personnes complètement aveugles que l’on pourra faire évoluer les mentalités.

11 réponses à “Japanime : Vers la reconnaissance d’une animation plus atypique ?

  1. Il y a toujours eu ce genre de production, que ce soit les films à sketchs des 80/90, les animerama de Tezuka ou maintenant les trucs les plus barrés de noitaminA. Mais bien sur en nombre et en exposition ça a toujours été anecdotique, comme partout. Pour un Persepolis ou un Triplettes de Belville combien de Totaly Spies produit la France ? Pour un film de Bill Plympton, combien les studios Disney ou Dreamworks noyeront ils les cinémas de films d’animation en 3D avec lunettes en supplément à 2€50 ? Pour un Haibane Renmei ou un Kûchû Buranko, combien de Ore no Imôto ou de Gundam 00 ?
    Parfois un de ces titres à du succès, comme Persepolis, parfois un d’entre eux se fait remarquer comme Yôjôhan Shinwa Taikei qui a eu son succès chez les fans occidentaux malgré l’aspect particulier de la chose. Et au fond je pense que ce genre d’animation a déjà sa part de reconnaissance, mais de par son aspect atypique elle se destine tout de suite à une niche puisqu’il faut savoir passer cet aspect pas forcément attirant au 1er regard. Mais un échec commercial ne signifie pas forcément que ces titres n’ont pas touchés leurs cibles. Mais c’est pas une raison pour arrêter d’en parler, loin de là même.

    Et puis depuis une dizaine d’année, depuis Hoshi no Koe pour être précis, on voit l’apparition d’une vrai animation japonaise indépendante, au sens « comme la musique indé », via des boites de prod comme Comixwave ou Anime Innovation Tôkyô et avec Shinkai en fer de lance ou carrément en indé total avec vente au Comiket. Tout ce qui sort de chez eux n’est pas forcément intéressant (Oshizora Kiseki, Tailenders…), mais entre les films de Shinkai ou Eve no Jikan, c’est une part de la production qui mérite largement qu’on s’attarde dessus, surtout qu’elle est loin de noyer le marché. Pour moi beaucoup de choses intéressantes de ces prochaines années se jouent de ce coté là.

  2. Problèmes récurrents.
    Le grand public français a tendance à considérer que l’animation n’est que pour les enfants, et à imposer des critères propres à ce genre de productions à des titres qui pourtant visent un public plus adulte ; nous voyons bien ce que cela a donné à l’époque du Club Dorothée, mais AB était tout aussi fautif que ses détracteurs, puisque partant lui-aussi du principe que les dessins-animés étaient pour les enfants, sans prendre en considération le contenu réel de ce qu’il achetait, et en diffusant le tout dans une seule et même case horaire…

    Paradoxalement, des films comme Persepolis, Les Triplettes de Belleville, ou Waltz with Bashir sont considérés comme des parti-pris audacieux, mais je crois tout simplement que le public n’a pas la même perception du cinéma d’animation – qui peut se permettre d’être « artistique » et parfois même osés – et de l’animation télévisée ; ils ne considèrent pas cette-dernière comme un art quelconque, mais plus comme un produit destiné au simple divertissement (des enfants). Cela explique que les long-métrages de Hayao Miyazaki jouissent d’un véritable succès en salle, que Mamoru Oshii ait été présent en sélection officielle lors d’un Festival de Cannes, ou encore que le dernier Mamoru Hosoda ait reçu un accueil chaleureux de la presse. Il en va de même pour le cinéma d’animation américain, les adultes présentant de moins en moins de scrupules à aller voir le dernier Walt Disney ou une production DreamWorks, même s’ils ne sont pas accompagnés d’enfants.

    Ce qui sauvent, à mon sens, l’animation occidentale, ce sont les créateurs eux-mêmes. Car eux savent que l’animation possède des atouts véritables, et peut toucher un public autre que les enfants.
    Prenez des créations du studio Xilam, comme Les Nouvelles Aventures de Lucky Luke, Les Zinzins de l’Espace, ou encore Mr Bébé : ce sont des productions destinées aux enfants, diffusées dans des cases jeune public, mais réalisées avec suffisamment de finesses pour être appréciées à la fois par des adultes et des enfants, lesquels ne remarqueront pas les nombreux subtilités, métaphores, et autres références.
    Je me souviens, lors de la sortie de Tous à l’Ouest – le dernier film d’animation Lucky Luke – un présentateur télé expliquait que le public adulte (celui accompagnant les enfants au cinéma) ne pourrait pas vraiment l’apprécier, car trop enfantin. Entre nous, soit il n’a pas vu le film en question, soit il est bouché. Tous à l’Ouest est bourré jusqu’à ras-bord de références cinéma, de jeux de mot incompréhensibles pour un enfant, d’allusions sexuelles à peine voilées, et même d’hommages aux animes ! Inutile d’être un grand enfant pour le voir et l’apprécier, celui-là.
    Et du côté de Ankama et de Marathon, même combat : ces studios sont tenus par des mecs qui ont baigné dans l’animation japonaise des années 80/90.
    Même si les mentalités n’évoluent pas, il existe de plus en plus de séries d’animation occidentales dotées de plusieurs sens de lecture, donc qui peuvent plaire aussi à un public adulte prêt à dépasser ses appréhensions.

    Si quelqu’un vient m’expliquer que My Little Pony – Friendship is Magic n’a été conçu que pour les enfants, je lui rirai au nez. Pourtant, j’ai eu de nombreuses réactions de défiances à son sujet, chez des personnes qui, justement, aiment expliquer à qui veut l’entendre que les dessins-animés ne sont pas que pour les enfants. Cherchez l’erreur…

    PS : Dans un sens, je comprends un peu la réaction des fans US, de se sentir plus ouverts d’esprit donc supérieurs que ceux qui refusent catégoriquement de donner leur chance à des séries d’animation. Hélas! bien souvent, eux-aussi refusent de donner leur chance à des titres qui sortent de les genres habituels. On est tous le con de quelqu’un d’autre. Et le fait que, comme indiqué plus haut, de nombreux fans d’animation rejettent Friendship is Magic sans même essayer tend à prouver que les gens ne sont pas aussi ouverts d’esprit qu’ils veulent bien le prétendre.

  3. > Prenez des créations du studio Xilam, comme « Les Nouvelles Aventures de Lucky Luke », « Les Zinzins De L’Espace », ou encore « Mr Bébé » : ce sont des productions destinées aux enfants, diffusées dans des cases jeune public, mais réalisées avec suffisamment de finesses pour être appréciées à la fois par des adultes et des enfants.

    C’est précisément ce qui est dénoncé plus haut, à savoir que s’adresser aux adultes dans l’animation française « mainstream » se résume trop souvent à adopter un ton pseudo-caustique, à glisser deux références ici et là ou à verser dans un cynisme de facilité en lieu de créer de véritables univers – ça n’est fort heureusement pas le cas du circuit du court-métrage, beaucoup plus libre tant sur le fond que la forme, et de quelques long-métrages également parmi lesquels ceux de Folimage. « Les Zinzins De L’Espace » ça n’est pas mauvais, c’est même plutôt bien parfois, mais ça ne produit rien, ni en termes de vision d’auteur, ni en termes d’expression d’une esthétique. C’est à l’animation ce que « Caméra Café » est à la série live, autrement dit un divertissement déconnecté de la maturité artistique acquise par son médium d’appartenance. Il n’y a pas grand-chose qui justifie que « Les Zinzins De L’Espace » soit un dessin-animé, puisque ses auteurs s’intéressent avant tout à l’écrit, aux sketches en eux-mêmes – on ne peut pas dire que le design, les décors, le raffinement de la direction artistique soient le coeur du projet. En définitive, une bande-dessinée aurait tout aussi bien pu faire l’affaire. On en a fait un dessin-animé pour que les enfants le suivent.

    L’animation japonaise, même ravagée par le moe, et Disney en dépit de son fort déclin post-90′, conservent l’exigence formelle attendue par le public des adultes, qui est un public conscient du critère technique-qualitatif. C’est ça, l’animation pour adultes, la réponse à une exigence artistique de la durabilité, et non pas insérer des clins d’oeil à l’actualité ou des gags à double-sens pour s’auto-distraire. Toucher par l’image à certaines émotions complexes : la mélancolie, l’urgence, l’espoir, la douleur. Sauf exceptions, cela n’existe pas dans l’animation française « mainstream », ou bien les tentatives sont saccagées par des velleités de pédagogie mal placées. Les gens qui aiment les séries d’animation françaises ou les produits Cartoon Network ne le font presque jamais pour les particularités du médium animation mais pour des bons mots ou des vannes. Encore une fois, ce sont les « Caméra Café » du genre ; de son côté l’animation japonaise TV, elle, a déjà eu ses « The Prisoner », ses « The X-Files », ses productions qui définissaient les possibilités et les spécificités de son art, donc je trouverais irrationnel d’applaudir le dessin-animé français TV avec comme arguments, qui plus est, des anecdotes telles que « Lucky Luke ». Parler aux adultes, c’est utiliser l’animation pour faire de l’animation. En utilisant l’animation pour faire des sketches, de la bande-dessinée animée, des choses moches réalisées en flash, et non pour mettre en valeur une ou plusieurs raisons d’être de l’animation – le mystère du mouvement, la création d’un univers, des personnages bigarrés – et bien, tu peux certes offrir des trucs marrants, comme « Oggy Et Les Cafards » qui fonctionne très bien dans son registre, mais pas des créations adultes.

    « Les Aristochats » est mille fois plus adulte que les supposés dessin-animés pour adultes, tout simplement parce qu’il est bien animé, bien dessiné, bien chorégraphié, musicalement abouti et qu’il est criant de sincérité. C’est une oeuvre. « Mr. Bébé » n’est pas une oeuvre. L’animation pour adultes, c’est lorsqu’il y a une oeuvre.

  4. Je tiens à faire remarquer que ce que décrit John Oppliger n’est pas uniquement valable pour les fans US mais bien pour les otaques de toutes origines, les français n’en étant pas exclus.

    Il y a du même coup dans nos communautés une recherche constante de l’affrontement, une défiance permanente qui ne nous amène déjà pas à pouvoir débattre calmement avec d’autres fans d’animation dès que la discussion dépasse le cadre d’un petit cercle réduit et fermé.

    Il serait peut-être temps que les « instruits » dont regorgent certains channels et forums plus ou moins bien planqués commencent à faire preuve de la pédagogie la plus élémentaire envers des personnes déjà acquises à l’assertion « les anime c’est pas que pour les gamins » mais commençant tout juste à découvrir les possibilités offertes par ce medium.

    Sans cela, aborder les personnes plus réfractaires m’apparaît bien illusoire.

    Bien entendu, il est bien plus facile et agréable de se réfugier dans un dénigrement systématique que d’avoir la patience d’éduquer avec bienveillance les personnes unes à unes en ignorant gentiment les inepties que leurs peu d’expérience leur fait débiter.
    J’avoue d’ailleurs ne pas être le dernier pour tomber dans ces facilités, loin de là.

    Mais un peu de recul nous ramène quand même vite à l’évidence qu’il n’y a pas besoin d’avoir vu le Hérisson de Norstein pour mériter de discuter d’animation.

  5. ça ne produit rien, ni en termes de vision d’auteur, ni en termes d’expression d’une esthétique.
    >> Là, je t’arrête. Certains épisodes font preuve d’une véritable recherche, notamment esthétique, voire tiennent de l’expérimentation ; tout dépend de l’équipe aux commandes de l’épisode. Celui sur Bollywood, par exemple (et ce des années avant l’explosion du genre en Europe) montre que le réalisateur a parfaitement assimilé les codes de ces productions, et s’essaye à une ambiance radicalement différente du reste de la série. De la même façon, un épisode est entièrement consacré à un dessin d’enfant qui prend vie, lequel se révèle être sur la fin avoir été dessiné par la fille du réalisateur, lequel aura eu l’envie folle de consacrer un épisode entier à ce simple gribouillage. Pour un produit pour enfant, français qui plus est, cela surprend.

    Tiens, dans le DA français destiné à un public plus âgé qu’à l’accoutumée, il y a le génial Funky Cops et son ambiance rétro empruntant aux classiques ciné / musique / série des années 70.

  6. Gemini, ce que Amrith te dit, c’est simplement que la référence et l’hommage ne font pas l’oeuvre.

    Je suis aussi le premier à me réjouir de voir l’ode aux cartoons des 40-50’s que constitue Oggy et les Cafards, mais son statut d’animé respectant scrupuleusement les codes posés par ses ancêtres que sont Tom & Jerry et Road Runner ne lui permet pas de s’imposer comme une réelle référence. Car objectivement, il ne crée pas grand chose ; il recycle simplement (mais de fort belle manière).

    Ce n’est pas Funky Cops et son pitch entièrement repompé sur Starsky et Hutch qui change cet état de fait, malgré la qualité de son exécution.

    Je suis par contre beaucoup moins d’accord avec lui en ce qui concerne les productions diffusées sur Cartoon Network.
    Tartakovsy, et en particulier son Samurai Jack, est loin de tomber dans le même schéma. Sans pour autant se priver de références et d’influences bien entendu.

  7. > Là, je t’arrête.

    Et tu aurais mieux fait de laisser couler. Parce que tu parles là d’épisodes-concept et non d’expression esthétique. Le fameux épisode bollywood de « Les Zinzins De L’Espace » conserve exactement le même style graphique que le reste de la série mais le transpose dans un cadre différent. Ce que font tôt ou tard la plupart des séries animées… mais c’est intéressant parce qu’encore une fois on en revient à cette animation TV française incapable de s’adresser aux adultes sans passer par la case référence ou parodie. Même chose avec « Funky Cops », qui se veut l’écho animé de « Starsky & Hutch ».

  8. Amrith> » « Les Aristochats » est mille fois plus adulte que les supposés dessin-animés pour adultes, tout simplement parce qu’il est bien animé, bien dessiné, bien chorégraphié, musicalement abouti et qu’il est criant de sincérité. C’est une oeuvre.  »

    Dans le fond, ce que tu dis est vrai, mais j’aurais pas pris « les Aristochats » comme exemple.
    Ce film est issue de la période la plus cheapos et économique de Disney en terme de budget et d’ambition artistique, avant sa résurrection avec la « Petite Sirène ». Des prods comme les Aristochats, Merlin l’enchanteur ou Robin des Bois ne s’embarrassait pas de notion comme la profondeur de l’image, la caméra multiplane, une colorisation complexe, le placement des ombres ou ce genre de chose. Et puis tu dois sûrement connaitre cette vidéo sur youtube où l’on voit que la plupart de ces films reprenait des séquences entières d’animations de leurs précédents film, de leur tout premier long-métrage Blanche-Neige au alors plutôt récent à l’époque « 101 Dalmatiens » (la plupart du temps c’était les séquences faites en rotoscopie).

    J’aime beaucoup ces films quand même (pas trop Robin des bois mais bon), ils ont gardés du charme et au final, c’était très loin d’être horrible à regarder, mais quand tu compare avec Bambi ou Blanche-Neige sorti bien avant alors, c’est clairement une régression. J’ai jamais vu les films de cette période autrement que sur un petit écran de tv mais je penses pas que ça passait si bien sur grand écran de cinéma. C’est un peu tout ces éléments qui ont menés à terme à la démission d’animateurs du studio à l’époque comme Don Bluth, et la différence se voyait à l’œil nu.

    Sinon je penses qu’on peut trouver un juste milieu entre les propos de Gemini et ceux de Amrith. Les dessin-animés à sketch de la tv ne sont clairement pas tous des parangons d’esthétisme recherché, mais il y a néanmoins des œuvres qui se démarquait clairement du reste justement par l’aspect recherché de gag visuel bien propre au dessin animé (héritage classique des Looney Toons) mais aussi dans dans leur design et dans la thématique de leurs épisodes, laissant l’occasion à des animateurs comme McKraken et Tartakovsky de jouer avec les limites de ce qui leur est permis à l’antenne. Ren & Stimpy de la chaine Nickelodeon atteignait même une certaine démesure, un jusqu’au boutisme dans la façon d’exploiter l’absurde, l’humour et la violence dans les cartoons que ça tient d’une vrai démarche, d’un vrai projet artistique.

    Mais là où l’on se fourvoie, c’est les objectifs de ces dessin animés; puisqu’ils ne recherchaient pas nécessairement à viser les adultes avec des sous-entendu en même temps que plaire à un public enfant. Ce n’était au final qu’une conséquence logique du projet des animateurs. Il ne s’agit plus de plaire aux adultes ou de légitimer une maturité avec des sous-entendu cynique et second degré dans un show pour jeune, mais juste plaire à ceux qui tout simplement aiment les cartoons en général. C’est un peu ce qui sépare les Looney Toons et les studio Dreamworks, les facéties de Bugs Bunny aux références à des vieilles série tv dans Shrek.

    Mais il est clair qu’il reste regrettable que le style cartoon et l’humour qui le définit soit la seule porte à emprunter pour les animateurs occidentaux pour y glisser des velléités artistique sans emprunter la voie de la sitcom animé à but ouvertement corrosif comme South Park et les Simpsons, qui donnèrent naissance à des trucs comme Aqua Teen Hunger Force, Drawn Together, les prods Seth McFarlane et pas mal de show Adult Swim qui sont pas tous très inventif. Dans ce tas, on a quand même des shows comme Moral Orel, show en stop-motion, qui abandonne progressivement l’humour noir pur et dur et le non-sens pour partir dans un vrai trip dépressif, malsain et obscur qui bouscule vraiment les émotions d’un spectateur adulte, mais on reste essentiellement dans le même genre que ses autres congénères d’Adult Swim.

    Pourtant il y a des moments des prods comme Flapjack ou Courage le chien froussard qui sans second degré ou cynisme cherche à exploser un peu les limites esthétiques du cartoon (avec plus d’intelligence que des clones de Ren&Stimpy genre Clio et Chico ou Rocco’s Modern Life qui n’avait que l’absurde de leur côté). On sent que dans ces deux shows, il y a une vrai envie d’installer une direction artistique précise, une vrai ambiance homogène d’un bout à l’autre du show, quitte à impressionner ou éloigner les plus jeunes amateurs de cartoon (ces deux shows n’hésitent pas à chercher loin dans l’effroyable, le glauque ou le répugnant). Mais encore une fois, on reste toujours dans le se style cartoon. Donc au final, il n’y a toujours de nos jours que deux portes à emprunter, ou alors…

    …sauf si les dessins animés d’action/aventure/fantaisie qui sont en train de prendre de galon sans avoir besoin de licence de super-héros veulent à leur tour afficher plus de velléité artistique et de rapprochement avec un public essentiellement adulte. On avait déjà dans les années 90 le Batman et les autres série d’action DC de Bruce Timm qui affichait déjà des qualités artistiques et esthétiques indéniable dans leur aspect fouillé et leur façon de traiter avec respect, intelligence et sérieux tout les publics , mais maintenant ces shows d’actions commencent à gagner du succès sans avoir besoin de licence pour les porter.

    Saurai jack était presque essentiellement un court-métrage artistique de lauréat d’école d’animation 2D par épisode (on avait souvent des épisodes tout en style et expérimentation et quasi sans dialogue).
    Puis Avatar the last Airbender, même si ses moments d’humour faisant clairement gamin, à emprunté avec intelligence les codes et les visuels du wu-xia-pian, du shonen, de l’heroic-fantasy oriental et d’un certain sens du merveilleux qu’on peut attribuer à Ghibli, tandis que la prochaine série se passant dans le même univers (Avatar : legend of Korra) s’annonce comme plus ambitieuse encore et exigeante.
    Ben 10 est définitivement réservé à un public bien jeune et n’a pas autant de revendication artistique que ses camarades mais reste une série originale, assez stimulante et qui est parti de rien pour devenir le grand succès qu’on connait.
    Et après je parle même pas de Sym-Biotic Titan (Tartakovsky toujours), qui est déjà, même en étant annulé par CN, à 1 pas et demi de là où je veux en venir (tout comme Clones Wars du même auteur mais sans être issue d’une licence).

    Je pense que lentement mais sûrement, l’animation occidentale (du moins américaine) se dirige lentement mais sûrement vers des œuvres résolument adulte en étant premier degré et immersive, faisant peu de concession, pétris de bonnes influences venant de partout dans le monde et qui savent mettre en valeur leurs qualités artistiques et le savoir-faire des artistes derrière eux afin de ravir un public cultivé, mûr et observateur, et parmi eux un show va vraiment complétement exploser les standards de son médium.

  9. J’ai surtout choisi « Les Aristochats » pour le symbole d’avoir été le dernier film voulu par Walter Elias Disney.

    Tartakovsky est un bon metteur en scène, il n’empêche que ses dessin-animés se distinguent d’abord par leur laideur, leur design simpliste sans expressivité, leur animation – même « Totally Spies ! » est plus opérant dans ces domaines. Clairement, son équipe ne saurait pas animer autre chose que des personnages aux formes géométriques et sans vie. Chez Tartakovsky on anime ce que l’on pense pouvoir être en mesure d’animer, pas ce que l’on voudrait animer. Son ambition porte sur la tonalité, elle n’est jamais d’ordre graphique. Si tu considères que « Sym-Bionic Titan » ou « Dexter’s Laboratory » savent mettre en valeur leurs qualités artistiques et un « savoir-faire », c’est à mon humble avis que tu accordes à l’esthétique de ces dessin-animés les seuls mérites de leur réalisation.

    Même chose avec « Oggy Et Les Cafards », que j’aime bien et qui s’inscrit plus ou moins dans la tradition des cartoons de Warner Bros… le design, le détail de l’animation en moins. On a tenté de produire l’effet comique par le fait que Oggy soit moche et con, qu’il ne ressemble à pas grand-chose, alors que Wile E. Coyote et Roadrunner étaient des personnages magnifiques. C’est la qualité de l’animation, adossée à un design de personnage entier, humanisé et non réductible à son statut d’éternel vaincu, qui faisaient vivre Wile E. Coyote. De fait, Oggy est plus proche en réalité de la parodie soft de « Itchy & Scratchy » que des classiques du genre « Tom & Jerry ».

    Tu citais « Batman : The Animated Series », voilà un véritable contre-exemple. Une direction artistique qui, en 1992, tranchait avec les standards de l’animation américaine, une avancée notable. Il faut dire que le cellulo aidait pas mal et épargnait naturellement au public le look « plastique » de 95% des séries animées actuelles outre-Atlantique. Depuis, Cartoon Network – qui est presque une subculture en soi – a excessivement formaté les canons esthétiques de l’animation américaine télévisée, imposant la normalisation des grands aplats de couleur criards, l’animation flashoïde sur ordinateur, jusqu’à pousser Disney à produire des séries telles que « Kim Possible ».

    Et pour en revenir au billet puisque j’accumule les digressions à cause de Gemini, je dirais que l’anime atypique, l’anime iconoclaste, existera toujours, même cantonné aux festivals et aux circuits confidentiels. Ce que fait Masaaki Yuasa est très bien, mais ça n’est pas ça l’enjeu qui importe. L’enjeu qui importe, c’est que le Japon puisse à nouveau produire en masse des anime exigents et qui dans le même temps s’adressent à tout le monde : ce qui, n’en déplaise aux thuriféraires du neuf opposés à l’aigreur des passéistes, était une pratique courante durant les décennies 80′ et 90′. La survie de l’animation japonaise passe par la nécessité de décloisonner l’industrie, qui s’est choisie pour seul interlocuteur depuis dix ans le thermomètre vissé au cul des otakus de 2chan. Il leur faut tout reconstuire, de nouveau parler aux mômes, aux familles, aux casuals, et aux otakus ancienne mouture, contre ceux qui considèrent les séries comme étant l’à-côté du Comiket, son prolongement, et non l’inverse. Avoir une ou deux séries expérimentales par an à la télévision n’arrangera rien à la situation générale de l’animation japonaise. Un « Tiger & Bunny », aux prétentions mainstream mais qui réfute « les éléments d’attraction » de l’anime moderne et tente de séduire par d’autres biais, est plus utile que bien des productions haut perchées.

    J’ajoute aussi que mettre sur le même plan les anime « de seins » et les anime « de robots » est un non-sens illustrant tes propres carences sur la question – le second allant tout simplement de paire avec l’histoire de l’anime nippon post-1960. S’il est un genre de l’animation japonaise à avoir apporté dix fois plus d’innovations, de techniques décisives, d’ouverture démographique et de richesse thématique que les autres, c’est bien l’anime de robots. L’année 2010 l’a encore montré : au milieu de la nullité affirmée du fond et de la forme, les anime de robots et autres mech-anime sont peu ou prou les seuls à avoir résisté au pouvoir corruptif du fandom 2.0.

  10. « J’espère vraiment que les fans d’animation français de base comprendront que l’animation a bien plus à offrir que des seins et des robots géants »😮
    Les seins, c’est saint !

    Cette boutade mise à part, cette page était dans l’ensemble très intéressante.

  11. J’arrive 15 plombes après la bataille (d’ailleurs, c’est assez instructif toussa, y’a des trucs que je connaissais pas), mais j’ai l’impression qu’il y a quand même au moins une série française qui semble s’approcher de l’idée d’expression esthétique ou d’animation adulte définie tel que définie par Amrith : Wakfu.

    Enfin, quand je vois le résumé, il me semble que les bases sont là. Après, je ne sais pas si sa mise en oeuvre est à la hauteur des idées présentes à l’écrit (pour les 10 minutes que j’en ai vu, j’aurai tendance à dire que non, mais c’est trop peu pour le prétendre).

    J’aurai tendance aussi à ajouter Oban Star Racers comme autre série. Certes, c’est un travail commun franco-japonais. Mais d’un autre côté, le passé montre que ce genre de coopération a eu des résultats plutôt réussis. Ne serait-ce que par le biais de toute l’époque Jean Chalopin, qui a permis la production de plusieurs animes qui ont marqué leur époque, que même nos parents connaissaient, comme les Cités d’Or ou Ulysse 31. Et ces derniers héritaient bien moins de leurs foudres, que Goldorak, Saint Seiya ou Dragon Ball (effet patriotique ? un peu facile comme argument).

    Donc l’occident a la capacité d’écrire les oeuvres dont parle Amrith. C’est juste qu’il ne prend plus le temps de le faire. Mais ça a déjà été fait. Et faut que je file, y’a le chef de mon chef qui m’appelle ! o/

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