Umi ga kikoeru, le Ghibli différent et méconnu

Je n’avais pas prévu d’écrire un billet sur ce film mais il faut admettre qu’il m’a fait forte impression, me voilà donc pour vous parler d’un Ghibli assez méconnu du public français. Umi ga kikoeru francisé Je peux entendre l’océan est un film du studio Ghibli de 1993, soit 1 an après Porco Rosso et juste avant Pompoko. J’ai l’impression que ce film d’animation a été boudé par le public français et c’est avec une certaine surprise que je l’ai découvert ne le connaissant absolument pas. Et pourtant ce film n’est pas sans qualités et donne même un air de fraicheur dans ce studio bien trop souvent stéréotypé à ses productions les plus connues comme Mononoke Hime.

La raison sans doute au fait que ce film comprend un staff jeune et n’a pas été pas sous la tutelle de Toshio Suzuki (鈴木敏夫) ni de Hayao Miyazaki (宮崎駿), en effet pour l’occasion le studio a décidé de donner l’occasion à son personnel plus jeune de briller pour la réalisation de ce long métrage. On retrouve ainsi Tomoni Mochiziku (望月 智充) dans le rôle du producteur, membre alors connu pour ses travaux dans des séries pour adolescents, réalisateur récemment du bon Sarai-ya Goyou. Ce n’est donc pas ici un Ghibli ordinaire qui nous est livré, mais plutôt une occasion de voir un autre visage du studio, un visage plus jeune mais qui possède comme je vais le dire plus tard, tout autant de charme. Le film était prévu à la base uniquement pour une diffusion télévisuelle sur la chaîne Nihon TV et est en fait une adaptation d’un roman alors à succès écrit par Saeko Himuro (氷室 冴子), mais après un succès sur l’archipel il sera diffusé dans quelques rares salles de cinéma. Une suite a vu le jour sous un autre format mais il semble que la qualité n’a pas été au rendez-vous. Je ne l’ai jamais vu dans nos rayons mais une sortie DVD anglaise a eu lieu il y a peu de temps pour ceux qui désirent se le procurer.

Nous sommes ici loin des contextes fantaisistes et de la leçon écologique auquel nous sommes habitués, en effet Umi ga kikoeru nous raconte l’histoire d’un adolescent, Taku Morisaki, élève plutôt ordinaire qui fera la connaissance d’une nouvelle élève nommée Rikako Muto possédant un caractère bien trempé. Alors que les relations entre les deux personnages sont incertaines, ils traverseront quelques aventures peu banales pour un quotidien japonais. L’histoire ne s’embarque pas dans de l’impossible comme beaucoup de production et c’est l’un de ses points forts, car tout semble ici possible et réel , une histoire comme celle-ci aurait très bien pu exister. On s’identifie ainsi bien au personnage de Morisaki qui reste un personnage avec un caractère plus ou moins opposé à celui de Muto, dans le même sens on remarque que les traits des personnages notamment aux visages ne sont pas très riches, procédé utilisé pour pouvoir aussi mieux s’identifier à ces personnages.

Pourtant l’œuvre en général regorge de détails et est de très bonne qualité, certains lieux réalisés dans ce téléfilm sont même copiés avec une réalité frappante d’endroits déjà existant à Tokyo. On reconnaît tout de même l’esprit du studio dans la forme des visages et dans les couleurs employées qui restent très douces. Cette étonnante réalité retranscrite paraît dans bien d’autres détails et par exemple, sur les tenues vestimentaires qui restent une belle représentation de l’esprit jeune dans lequel est l’ensemble de l’équipe.

Pourtant l’intérêt majeur du film vient bien sûr à ses personnages et à leur psychologie, mais aussi à la mise en scène des sentiments. On ne retrouve pas les codes que l’on a généralement dans les soap animes, exit donc le coup de foudre et l’attente gênée dans beaucoup de situations, le télefilm fait preuve d’une banalité dans la mise en place des sentiments sans la présence de beaucoup de codes parfois lourds dans la japanime. Le tout est donc plein de simplicité et pourtant il touche au cœur, cela faisait longtemps que je n’avais pas aimé un anime style « shojo » à ce point car le tout est à la fois original et pourtant vraiment possible. A cela s’ajoute le personnage de Rikako marginale dans la société japonaise, un personnage vraiment intéressant car il met en confrontation ses idéales avec l’esprit commun de cohésion de cette société. Et pour une fois on ne tombe pas dans le schéma commun de l’ijime et ce toujours grâce au personnage de Muto. Pourtant ce personnage aurait pu être tout le contraire avec son caractère égoïste, mais ce n’est pas le cas et ce sûrement à cause de l’alternance dans ses actions, oscillant entre pleures et violence qui montrent une certaine fragilité dans son esprit. Le personnage de Morisaki est lui aussi bien foutu notamment car il possède un caractère se combinant malgré les difficultés très bien avec Rikako. Alors qu’elle exprime une confrontation avec la société, Morisaki est la représentation d’une opposition avec l’autorité, deux caractères à la fois différents mais qui possèdent un même esprit combatif. La mise en place se fait à la fois doucement à certains moments, parfois de manière soudaine et n’est pas sans rappeler ce qui n’est ni plus ni moins la réalité. La manière dont est amenée les relations entres les personnages m’a aussi beaucoup marqué par sa douceur, les personnages se rendent en même compte que le téléspectateur de leurs sentiments, ce n’est pas un scénario déjà prémaché pour celui qui le découvre. Umi ga kikoeru réussit en 1 heure ce que je tente de chercher dans certaines œuvres pendant 24 épisode, une simplicité, un réalisme, une volonté de toucher le public avec une histoire plausible et dans laquelle on peut s’identifier. Le format assez court pour un long métrage ne laisse pas de place pour de l’ennui, et on finit le tout avec une volonté de revoir ce staff jeune du studio Ghibli nous pondre une autre production avec le même esprit.

Sans être révolutionnaire, Umi ga kikoeru est une œuvre boudée de manière injuste et démontre comment on peut réaliser un soap anime en toute simplicité mais qui réussit son but principal, touché son public par ses sentiments. Si son esprit se démarque des productions habituelles du studio, on retrouve toute sa douceur et son visuel. Un film à voir et à considérer pour ce qu’il est, mais qui ajoute tout de même un vent de fraîcheur.

Source : Le dossier sur Buta connection

Une petite note qui n’a rien à voir avec le sujet d’origine mais qui se doit d’être présente, comme beaucoup j’ai été très attristé par la mort d’une des grandes figures de l’animation, Satoshi Kon, qui avait réussi grâce à ses œuvres à proposer une nouvelle face dans le paysage de l’animation japonaise, toute en réussissant continuellement à se renouveler. L’ « occasion » pour refaire un tour autour de son apport indéniable dans ce milieu, et de constater que nous avons perdu un grand homme qui au delà de vouloir produire des productions magnifiques au niveau visuel, a réussi à nous faire réfléchir et rêver.

16 réponses à “Umi ga kikoeru, le Ghibli différent et méconnu

  1. Banco, je ne connaissais pas. C’est sur ma liste. D’autant que je suis dans une période à regarder des films d’animation plus que des séries (peut-être que inconsciemment j’attends le 2ème film Higashi no Eden que j’attends au tournant).

  2. En effet, je ne connaissais pas non plus😮 et pourtant je suis une fangirl Ghibli **honte** ayant toute la collection en DVD😮 ! Bon et bien je sais ce qu’il me reste a faire !Merci pour la découverte !

  3. Dans le genre Ghibli méconnu, il ya « Mimi wo sumaseba »(Si tu tends l’oreille), pas sorti en France mais qui le mériterait pourtant(je veux entendre son doublage français TT’)

    En tout cas, ton article m’a donné envie de voir ce que vaut ce film ^^

  4. Gauche c’est très sympa oui.

    c’est peut être une question générationnel, mais j’ai toujours autant de mal à comprendre que l’immense majorité du neo fandome ait attendu la diffusion Arte pour voir du Ghibli pour la 1ere fois de leur vie, se prétende otaku mais n’ont pas encore vu TOUS les Ghibli.
    on ne vous demande pas de jeter un coup d’oeil à horus, panda kopanda ou au serpent blanc mais avoir maté au moins chaque Ghibli une fois, c’est top prioritaire.

  5. Rapport de mattage. Je te rejoins dans ta conclusion : la touche graphique Ghibli mais des thèmes bien différents avec un public adolescent ciblé.

    Simplicité mais justesse. Je trouve paradoxalement que certaines histoires annexes parasitent un peu le fil rouge. Matsuno est un peu sous-exploité. Certes le triangle amoureux est un grand classique mais toujours efficace. Bonnes idées en revanche sur la citadine déracinée et ses parents divorcées.

    Techniquement c’est bluffant. Les décors et les voitures sont maniaquement détaillés et surtout cette qualité d’animation dans le mouvement des persos. Mazette, on a quand même perdu avec le passage du cellulo à l’informatique. Ca manque quand même du bonne BO par contre.

    Marrant, je viens de voir que le réalisateur a depuis sévi à la tête de l’adaptation Goyo. Petit scarabée a bien grandi. Mais surtout comment Ghibli a-t-il pu le laisser partir ?

  6. Oui j’ai oublié de parlé de la BO qui m’a pas beaucoup marqué même si j’ai bien aimé la dernière musique juste avant le générique de fin. Ravi de voir que tu as le même avis, et pour Tomoni Mochiziku je disais qu’il a depuis bossé sur Sarai-ya Goyou dans mon article. On peut pas trop savoir, peut être qu’on ne lui a pas donné d’occasion de rester réalisateur là-bas.

  7. Non mais ton article je l’ai fui comme la peste pour éviter le moindre spoil (oui je sais c’est pas ton genre mais je me méfie). ^^

    Et pour le départ je pense comme toi, on ne lui a pas donné sa chance. Mais c’est aussi significatif avec le nouveau Ghibli en cours, Karigurashi no Arrietty. Il sera intéressant de voir ce que fera Hiromasa Yonebayashi dans les années à venir. Ce n’est pas tout d’offrir sa chance à un jeune, il faut le garder dans son écurie, sinon Ghibli pourrait mourir avec ses deux papys, ce qui serait une catastrophe. Tu va pas me dire que ce n’est pas con de ne pas capitaliser. Certes, je suis très intéressé par le prochain Takahata mais il faudrait qu’ils arrêtent de ne pas voir plus loin que le bout de leurs nez.

    L’exemple d’un Gainax qui a failli crevé la gueule ouverte au début des années 2000 devrait pourtant faire office de piqure de rappel. Le cas Manglobe – qui me semble plutôt bien prendre le virage de l’après Watanabe – serait déjà plus à suivre.

  8. Gainax n’a pas failli crever la gueule ouverte au début des 2000’s, Yamaga l’avait annoncé mais c’est tombé dans l’oreille d’un sourd, Gainax voulait produire un gros truc pour 2008. Donc, ils ont volontairement fait des productions petits budgets qui se rentabilisent facilement par l’absence d’un scenariste et l’overdose de fanservice. Ils ont mal calculé leur coup et ce projet a finalement vu le jour un an à l’avance.

  9. Eh bien merci d’avoir conseillé cet anime il est vraiment très bon, dans la veine de Whisper of the heart, avec cette technique et ce story-board absolument parfaits, le scénario en rebutera peut-être certains. Faudrait vraiment une sortie blu-ray.

  10. Bonjour à tous !!
    Je ne suis pas aussi calée que vous, mais j’adore les mangas et les prod. ghibli !
    J’avais déjà vu quelque chose sur ce film ainsi que sur « si tu tends l’oreille », et j’avais cherché à les voir, mais impossible de trouver !
    Alors si vous pouviez m’aider, me donner un site de streaming/téléchargement, ou un endroit ou je pourrai les trouver pas trop cher (suis encore jeune que de l’argent de poche ^^ ») en VF ou VOSTFR ce serait sympa ^^
    Merci d’avance ^^

  11. J’ai vu ce film (« tu peux entendre la mer ») et je l’ai aimé… j’en ai parlé sur le forum de Negenerv et je reprendrai ce commentaire prochainement sur mon blog, afin de partager l’agréable surprise que cela a représenté pour moi. La scène finale, et la petite mélodie qui l’accompagne, fait mouche à chaque fois, pour peu qu’on ait un peu de coeur…
    Mackie le newbie

  12. Tu me donnes très envie de le voir *w*! Mimi wo sumaseba était déjà dans ma liste de vieux ghibli que je veux voir, mais je ne connaissais pas du tout Umi ga kikoeru et avec ce que tu en dis, je suis certaine que j’aimerais *w*!

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