Simulcast du manga, oui mais …

Ce billet n’est qu’une réponse aux différents posts du comptoir de la BD sur la question du scantrad et plus précisément sur son dernier article concernant le simulcast du manga et de la BD sur internet.

Rappel des faits : Récemment plusieurs éditeurs japonais, notamment la Shueisha, Kodansha et depuis peu Shonen-Jump attaquent les pirates japonais qui fournissent les copies originales sur les réseaux P2P, mais aussi les équipes de fansub, les mettant en garde sur leurs activités illégales. Si on exclut l’intérêt économique de ces boites à faire un telle demande, il faut aussi noter qu’il développe un argument non négligeable et que chaque fan d’entre nous ne doit pas oublier, le fansub avec la plus bonne volonté du monde ne fournira jamais le travail d’une traduction réalisée en collaboration avec l’auteur, ce dont je suis particulièrement attaché. Il ne faut donc pas voir dans cet article une volonté de ramener le travail d’amateurs à celui des professionnels mais plutôt d’analyser la situation.

Il ne faut pas aussi se mentir, le marché du manga n’est pas au meilleur de sa forme dans le monde. Le manga n’est pas le cinéma, il n’y a pas eu une augmentation des ventes cette année. D’autant que je pense que cela va doucement continuer, le début du siècle a été l’occasion d’un buzz de l’anime et du manga, si le tout va continuer à se vendre, le public de masse va logiquement tendre à en acheter de moins en moins, le buzz passé pour finalement se stabiliser. Et à cela s’ajoute la récente crise financière qui n’arrange rien, il suffit de voir les chiffres du marché américains pour le constater, avec une baisse de vente de presque d’un tiers soit de 210 millions de dollars à 140 millions.

Face à un marché qui a déjà atteint sa limite en 2007 et qui commence doucement à se dégrader, les éditeurs se doivent de trouver des solutions pour mieux fidéliser son public. Et face à l’évolution de celui-ci sur l’ordinateur, il est évident que les éditeurs doivent s’orienter de plus en plus sur ce support, une opération qu’ils les préoccupent déjà tous avec les multiples refontes de leur site internet. Reste à savoir comment, le simulcast c’est beau mais il y en a de plusieurs sortes, payant, gratuit, avec de la pub, etc … Au lieu de se lancer dans un débat hypothétique sur la réussite ou l’échec du simulcast pour le manga, il est intéressant d’observer comment ce phénomène a évolué dans l’animation, secteur plus avancé dans ce domaine.

Le simulcast payant : Un échec prévisible ?

Le 8 Octobre 2009 l’éditeur Kaze ouvre Kazeplay, soit un site internet permettant « la vidéo à la demande », concept que l’on attendait alors depuis quelques temps de la part des éditeurs face à la croissance constante du fansub. Seulement voilà, les épisodes ne sont pour le moment visionner qu’une 90ène de fois chacun, un chiffre plutôt ridicule contenu dans l’importance du marché. A cela je vois plusieurs facteurs :

– Un contenu informatique n’égalera pas le contenu physique : Chacun a eu ce plaisir de posséder quelque chose entre ses mains, de l’avoir et de pouvoir le ranger dans une étagère. Le public est de très loin près à passer au « tout informatique » et le format même du simulcast ne plaît pas. Les gens sont réticents à l’idée d’acheter un bien uniquement présent sur internet, car ce n’est pas incrusté dans nos habitudes, et pas uniquement pour la « vieille génération » car même les plus jeunes semblent préférer le contenu palpable. Le problème est que ça dépasse même l’idée du format vidéo, si ça marche plutôt bien du coté du jeux-vidéo, notamment avec Steam par exemple, on ne peut pas transparaître cette idée sur le manga et l’animation. Tout simplement car le contenu dans un coffret dvd n’est pas le même que celui dans un coffret de jeux-vidéos, généralement les coffrets dvd ne contiennent pas seulement les dvd mais aussi des bonus que je vois très difficilement numérisés. De plus si le contenu vidéo passe relativement bien la manche sur l’ordinateur, il n’en est absolument pas de même avec le manga. Le manga, c’est une texture, un objet et une sensation. Nombre de personne qui adorent le manga n’arrivent pas à lire des scans (dont je fais partie), tout simplement car ce n’est pas la même manière de voir les choses.

– De cette idée advient un autre problème : L’idée du simulcats est contraire à l’âme du collectionneur. On ne peut pas réduire une bibliothèque de mangas à une simple page html, ce n’est pas du tout la même image et les collectionneurs n’adhèreront que peu au concept. Le plaisir de voir s’accumuler manga après manga sur l’étagère, être fier de ses biens en les observant, ce n’est pas une chose transposable sur internet. De cela s’ajoute un autre problème, celui de la location d’animés. Le principe de KazePlay est simple et est aussi observable sur d’autres sites, on peut louer pour un euro une vidéo mais uniquement dans une durée de 48 heures. Cette logique est encore en contradiction avec nos habitudes et cet esprit de collectionneur. Si la plupart des séries visionnées sont regardées qu’une seule fois par la majorité des personnes, il reste tout de même agréable de savoir que l’on a cet épisode à disposition, de l’avoir sous la main si on a envie à un autre moment de le regarder de nouveau, ou ne serait-ce qu’un passage.

– Le public de masse est essentiellement un public jeune : Pour s’imaginer si une telle formule peut marcher en France, il est important de recadrer le public principal achetant des mangas. Et là il ne faut pas se faire des histoires, le public de masse est essentiellement constitué d’une jeune population. Il suffit de voir les ventes, dans l’année 2008 les 6 mangas les plus vendus sont les tomes de Naruto allant du tome 34 au 39 et accumulant à eux seuls environ 800 000 exemplaires vendus. Les 20 mangas les plus vendus sont principalement Naruto et Death Note, le tome 16 de Full Metal Alchimiste arrivant péniblement à s’accrocher à la place numéro 16. Un bilan plus contrasté pour le début de cette année, même si Naruto obtient tout de même tous les mois la 1ère place suivi principalement par Bleach et Fairy Tail, Pluto n’arrivant par exemple qu’à la 6ème et 7ème place. De même avec l’animation, Naruto obtient très largement la 1ère place avec des ventes d’à peu près 4 millions d’euros lors de l’an dernier. De cette observation on ne peut que tenir compte de ce public pour espérer garder des bons chiffres de vente. Et de ceci, on peut déjà se dire qu’il va y avoir un problème de mentalité et d’argent. Avec tout le malheur que ça implique, les jeunes investissent que peu dans des biens qui sont trouvables gratuitement sur le net, surtout quand celui-ci n’est pas donné. Soyons honnête, 1 euros l’épisode ça reste tout de même très cher, cela nous fait 24 euros pour visionner une seule fois une série. Alors oui, il y a l’abonnement mais ça implique aussi des contraintes. Tout d’abord payer un abonnement chez un éditeur c’est bien, mais ça reste très restrictif, on est bloqué sur son catalogue. Ensuite un abonnement, c’est quelque peu onéreux, si pour une personne installée ça semble largement possible de payer 7 euros par mois (ou même 60 euros), ce n’est pas la même chose pour un enfant de 13 ans, déjà il n’a pas cette facilité financière, ensuite ça change très rapidement de passion, et de manière consciente ou inconsciente il n’essaiera pas de se fidéliser de la sorte, ou du moins sur une longue durée.

Les autres formes de simulcast

De ces constats, on est en mesure d’observer les autres formes de simulcats possibles. On peut déjà observer l’opération de Dybex dans son simulcast de séries phares comme Durarara !, l’opération était plus séduisante dans son idée de gratuité, les recettes étant générées par la publicité. Pour peu qu’on est suivi l’actualité française, on a vu que ça ne s’est pas déroulé sans problèmes : Traduction foireuse et buzz autour du fansub (pour ceux qui débarquent : Blog d’Amo), qualité très moyenne et retard sur de nombreux épisodes contrairement à son concurrent Kaze. Mais si cela est un problème en soit, il reste aussi à se demander si l’opération du simulcast joue un rôle positif dans les futurs ventes dvd, quelque chose encore largement à prouver. Reste à voir si on ne peut pas combiner différentes formules ou les améliorer. C’est ce que tente par exemple Wakanime TV proposant ainsi des épisodes de manière gratuite, avec de la pub insérée de manière spontanée à l’intérieur. Plusieurs points positifs : Un catalogue qui ne va sûrement pas être affilié à une maison d’édition en particulier, une diffusion des épisodes uniquement pendant 2 mois, permettant ainsi de ne pas moisir les ventes dvd.

Reste à savoir si le scantrad peut s’insérer de manière aussi aisée sur le web. Tout reste à prouver même si cela semble être un terrain avec plus d’embuches. Le problème étant plutôt générationnel, il faut changer les esprits et cela reste un travail de longue durée à réaliser, encore faut-il commencer un jour et de manière correcte. On peut aussi se demander ce qu’il va advenir du marché si on n’effectue pas cette transition, déjà bon nombre de maisons d’édition ont mis la clef sous la porte, créées dans le souffle du début du siècle, elles ont favorisé à la saturation d’un marché qui ne le permettait pas. De ce problème, ce seront sûrement les fans de la 1ère heure qui en seront déçus, les publications à faible vente (je pense notamment à la collection Vintage) risquent de ne plus être possibles. Ou alors tout va se faire de manière rapide et naturelle ? Tout reste à voir et les cartes sont plus ou moins dans les mains des maisons d’édition.

Sources :- SankakuScantrad Mata Web (ainsi que ici)

7 réponses à “Simulcast du manga, oui mais …

  1. Personnellement, je verrais bien un abonnement par série à un simulcast avec une réduc sur l’achat des dvd ou des br par la suite. Après faut voir si c’est rentable pour un éditeur.

  2. Oui, pas bête comme idée je n’y avais jamais pensé. De toute manière je pense que l’on va avoir divers tentatives de la part des éditeurs avant qu’ils s’imposent une manière de faire.

  3. Enculés de dématérialistes !
    « généralement les coffrets dvd ne contiennent pas seulement les dvd mais aussi des bonus que je vois très difficilement numérisés. »
    Vu la gueule des bonus chez nous, on peut s’en passer je crois :>

    Pour Kazeplay, le plus gros problème reste comme tu le dis cette durée de 48h pour la location, c’est ça la différence avec Steam (ton jeu ne disparaît pas au bout de 48h et heureusement).
    Sans oublier que le support numérique (légal car sinon clé USB et c’est réglé) n’a pas l’aspect de transport et de partage qu’a le support physique, un DVD ou un manga se transporte facilement et on peut le prêter pour faire partager. De plus, ton épisode acheté sur le net, il reste coincé sur ton ordinateur ou ton compte en ligne alors que le DVD est bien plus pratique vu que tout le monde a un lecteur DVD & une télévision de nos jours.
    Après le numérique peut arranger les éditeurs pour réduire les coûts de production ou éviter les invendus.
    Et pour les manga, vive le papier !

  4. Déjà tu généralises en pensant qu’un fan d’anime est forcément collectionneur. Il y a des séries que j’ai envie de voir mais pas forcément de posséder les DVDs plus tard, ça dépend. Si j’ai un moyen de rémunérer les créateurs via une simple diffusion, je saute dessus.

    De même, je ne suis pas persuadé que ce soit la limitation dans le temps qui pose obstacle mais plus le montant un peu exagéré, je pense que le tarif idéal serait à 50 centimes. Après, l’obstacle payant est un frein pour bon nombre de personnes donc c’est pas forcément facile non plus, mais là je ne sais même pas si ça rembourse le prix que leur coûte leur plate-forme propriétaire.

    A terme, il semble de toute façon l’idéal sera une plate-forme comme crunchyroll, comme une sorte de chaîne payante sur internet.

  5. Un fan d’anime est forcément collectionneur, oui j’en suis convaincu. Mais être collectionneur n’est pas forcément tout vouloir, seulement il y a aussi des séries que je ne pourrais pas qu’avoir en fansub sur mon ordinateur. Après mon raisonnement s’appuie sur un « tout numérique », quelque chose qui n’arrivera sûrement pas ou du moins pas dans une vie.

    Après pour la contrainte de temps, je disais uniquement que c’était quelque chose qui n’était pas accepté par le public de masse, que toi tu puisses le faire, je ne dis pas le contraire mais ça ne marchera pas pour tout le monde. Que ça rembourse, difficile à dire je pense vu que tout dépend du nombre de vente qu’ils font au final.

    L’idée d’une chaîne payante est peut-être une solution, mais je ne pense pas que ce soit la seule. S’ils arrivent à combiner un théorie de gratuité et en même temps permettre de faire vendre de dvd, je pense que ce serait la meilleur solution.

  6. « Un fan d’anime est forcément collectionneur, oui j’en suis convaincu. » -> donc le fan d’anime est forcément riche ? Ce qui expliquerait bien des choses remarque…

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