Petit focus sur Hiroki Otsuka

Un article ce week-end pour parler d’un artiste peu connu mais pourtant très intéressant. Hiroki Otsuka (ヒロキオツカ) est un illustrateur basé à New York et se produisant dans de nombreux endroits comme le musée d’art contemporain de Los Angeles, la Japan Society en 2007 et en 2009 (une institution à New York, exposant des nouvelles œuvres d’art japonaises toutes les nouvelles saisons) et plus récemment au Kunstraum Richard Sorge à Berlin. Il est aussi l’auteur du manga Boy of Summer en collaboration avec Chuck Austen qui s’occupait du script; et aussi de multiples travaux ero. Hiroki Otsuka est un artiste au style original et très diversifié, mélangeant technique traditionnelle et contemporaine dans un univers le plus souvent noir, intriguant, parfois volontairement agressif et aux multiples facettes. Il l’exprime sur des multiples supports, allant de la peinture murale au manga, jusqu’à sur une planche de snow. Vous pouvez voir plusieurs de ses œuvres sur son site personnel, une galerie plutôt bien remplie.

The Black Scar - Hiroki Otsuka

A la fin des années 70 alors qu’il n’a que 4 ans, Hiroki Otsuka est directement atteint par le manga qui devient dès lors sa passion. Il la suivra alors tout le long de sa jeunesse à un rythme parfois effréné, jusqu’en 94 où il exprime son talent dans une carrière d’illustrateur professionnel. Après 10 années où il a travaillé énormément avec un rythme d’une 20ène de page par semaine, il partira alors du Japon pour s’installer à San Francisco puis à New York. Son parcours inhabituel et sa capacité à mélanger les différentes cultures dans son style, le rendent comme un artiste qui se distingue. La Japan Society nous a livré une interview, qui parle entre autre de son parcours et de ses projets.

I need to tell you something - Hiroki Otsuka (2006)

Japan Society :  Comment vous décririez-vous : mangaka ou Geijutsuka – illustrateur ou artiste ?

Hiroki Otsuka: J’aime réellement être appelé un artiste « manga ». Trop de personnes veulent dire que vous êtes une chose ou une autre – un illustrateur ou un artiste. J’ai découvert récemment que j’aime être appeler un mangaka parce que j’aime les mangas. J’ai l’impression que ce que je fais est de l’art manga, même lorsque je fais un dessin ou une peinture. Je n’ai jamais planifié d’être un artiste, mais c’est quelque chose qui est arrivé le long de ma vie. La mangaka à l’intérieur de moi est une passerelle vers le monde de l’art.

Quelle est la différence entre la vie comme mangaka et la vie dans le monde de l’art ? Outre plus de fêtes …

Définitivement plus de fêtes  ! [Rires] Quand j’ai ouvert la porte au monde de l’art, j’ai trouvé que c’était vraiment comme un monde de fêtes. Quelque part pour se socialiser. Mais vraiment, je pense que la vie est la même si je suis appelé un illustrateur ou un artiste.

Comment était la vie en tant qu’illustrateur professionnel au Japon ? J’imagine que vous étiez enchaîné à un bureau 20 heures par jour, en dessinant sans arrêts sous une lumière fluorescente, sans nourriture ni de salle de bains pour se détendre.

[Rires.] C’était un peu comme ça. J’avais l’habitude de travailler toute la nuit jusqu’au matin. Chaque jour, je voulais commencer par une histoire, m’asseoir et travailler pendant 16 heures pour compléter plus de 100 pages en un mois.

C’est beaucoup !

20 pages chaque semaine. Au début, je travaillais seul , mais comme je me suis établie j’ai eu des assistants pour m’aider.

Aviez-vous une liberté de création ?

Je me sentais très libre de faire ce que je voulais comme illustrateur. La plupart du temps, je créais mes œuvres seul. Mais je travaillais aussi avec mon éditeur, c’était donc une sorte de collaboration. Je me faisais une première idée et je demandais à mon éditeur. «Alors qu’est-ce que ce personnage devrait faire ?» ou «qu’est que va devenir le scénario ? » ou « Quel est le point culminant ou la fin ? »

Pouvez-vous nous parler de votre manière de faire ?

Tout d’abord, je dessine toujours des images dans un carnet de croquis en utilisant un simple stylo à encre noire – une technique très simple en manga. Cela semble simple, mais je crois que beaucoup de choses peuvent être transmises avec une seule ligne.

Vous avez dit: «La spontanéité des traits est mon identité. » Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?

Je considère que les traits sont l’aspect le plus plus important dans mon travail – bien plus important que le scénario. Les traits montrent mes inspirations, mon état d’esprit et la façon dont mon énergie s’écoule Le moindre changement dans les traits peuvent créer un sens totalement différent de ce que je dessine. C’est très intéressant l’étude des traits : Les êtres humains écrivent des choses dans les lignes. Nous communiquons « physiquement » avec les traits … historiquement. [Rires.]

Comment abordez-vous manga ?

Lorsque je dessine manga, je tiens à ouvrir des portes aux lecteurs et partager mon monde imaginaire. J’utilise mes expériences ou des histoires avec mes amis pour m’inspirer dans mon travail. Je crée des dessins qui sont divertissants et communique quelque chose de vivant librement.

Vous dites vous avez dès l’enfance été exceptionnellement attiré par le manga.

J’ai grandi en lisant des mangas comme tous les jeunes au Japon, bien que j’étais personnellement complètement obsédé par celui-ci. Je lisais des mangas tout le temps. Je voulais en acheter tous les jours. Je devais les cacher dans ma chambre, mes parents pensaient que la lecture de manga rendait une personne stupide, donc je n’étais pas autorisé à lire des bandes dessinées. Mais mes deux frères aînés voulaient être dessinateurs eux-aussi, et je pouvais donc obtenir des mangas de leur part. Je devais probablement lire 20 mangas par semaine. Il y avait beaucoup de concurrence entre nous.

Vos frères sont-ils des mangakas ?

Non

Alors vous avez gagné ! Quand avez-vous commencer à dessiner des mangas ?

J’ai commencé à dessiner quand j’avais 4 ans. Depuis, j’ai consacré beaucoup de temps à l’étude du manga. J’étais plus un étudiant de manga qu’un écolier.

Y’a-t-il un manga qui vous paraît comme le plus influent ?

Tout depuis les années 80 ou au début des années 90. C’est un moment où ils faisaient des manga très inspirant. C’est probablement une question de génération. Ma génération a été influencé par cette époque.

Le manga a longtemps été une forme standard de la littérature au Japon, mais seulement dans les dernières années elle s’est répandue dans les Etats-Unis. Certains enseignants américains utilisent même le manga comme matériel. Pourquoi les jeunes de nos différentes cultures sont tellement touchés par le manga ?

C’est un point très intéressant. J’ai lu le livre de Roland Kelts [Japan America : Comme la Pop Culture japonaise a envahi les Etats-Unis ?] récemment. J’ai été intrigué par la façon dont les Américains sont influencés par le Japon autant que le Japon est influencé par l’Amérique. Tout est en train de s’échanger. Échange d’idées. Puis nous créons de nouveaux remix.

Une sorte de remix « culturel » …

Oui ! Je m’en suis rappelé quand j’ai eu une résidence à la Spence [lycée de New York en 2008]. Les jeunes ont vraiment aimé le manga et les comics japonais. J’ai demandé pourquoi et la réponse était « parce que les personnages me ressemblent. » La plupart des comics américains sont très orientés héroïque, mais la bande dessinée japonaise est plus axé sur les sentiments – plus sur la réalité. Les adolescents auxquels j’enseignais étaient en difficulté avec leur vie – certains avec leur parcours, certains avec leur famille, certains avec l’école. J’ai compris ça de ma propre expérience. J’ai constaté que quand les jeunes lisent des mangas, ils peuvent retrouver leurs sentiments et de cette manière peuvent se libérer.

Lors de votre passage, vous allez donner des ateliers de dessins pour le grand public ainsi qu’aux étudiants du secondaire. A quoi peut-on s’attendre ?

Je veux qu’ils passent un bon moment et qu’ils soient inspirés. J’espère que je peux leur apprendre à ouvrir leur esprit et s’ouvrir à ce qu’ils veulent créer. Nous avons seulement 2 heures pour chaque session, je vais donc mettre l’accent sur la façon de dessiner les visages. Le visage est la partie la plus expressive du dessin dans manga.

Comment d’autres formes d’arts peuvent-elles aider le style et l’aspect du manga ?

Wow ! C’est une question intéressante. Il y a tant de choses. J’espère que des gens de tous les horizons artistiques différents viendront aux ateliers afin que nous puissions le savoir ensemble.

Vous allez créer un manga original, basé sur l’exposition iconographique de la Japan Society : «  Graphic Heroes – Magic Monsters » (note : Un exposition regroupant une 30ène d’artistes lors de l’été dernier). Comment cela va-t-il arrivé ?

Je travaille sur l’histoire de base à l’heure actuelle, mais le manga va évoluer durant le processus. Je ne fais pas de story-boards, il viendra pendant que je dessine. J’ai l’intention de réaliser 20 pages par mois pour l’exposition dans trois mois, avec de nouveaux épisodes qui viendront chaque semaine.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire ?

Il s’agit d’un étudiant qui vient à la Japan Society dans le cadre d’un groupe scolaire. L’étudiant est un paria, mais il devient un héros et sauve New York des monstres. C’est une histoire où le héros passe des épreuves et devient plus mature. Bien sûr influencé par Kuniyoshi et cette exposition.

Utagawa Kuniyoshi - Mitsukuni défie le spectre squelettique (1845-46)

Avez-vous vu l’exposition? Y’a t-il des impressions qui se distinguent ?

J’ai reçu une visite rapide de Joe [Earle, directeur de la galerie Japan Society]. Elles sont trop nombreuses à mentionner! J’ai été étonné par toutes les techniques utilisées dans Teruuji dans un temple abandonné – du papier déchiré et des chiffres pour le plancher et les graminées. J’aime la forme de cou dans l’acteur Kabuki Ichikawa Kodanji IV, comparé au fantôme de Asakura Togo. Au Japon, on ne voit jamais les pieds des fantômes dans l’art. Kuniyoshi est respectable même dans son portrait d’un acteur de kabuki.

– Et les guerriers chinois Zhang Heng ?

Sexy !

– Je sais ! Réservés mais si puissants, surtout lorsque vous vous rendez compte qu’il a la tête de son ennemi dans sa bouche. Connaissiez-vous Kuniyoshi avant que la Japan Society ait pris contact pour ces stages ?

Tout à fait. Je me suis familiarisé avec Kuniyoshi quand je suis arrivé à New York. Je cherchais un livre sur l’ukiyo-e (wikipedia [fr]) et j’étais fasciné par ses œuvres, colorées, et son imagination étonnante. Ça m’a immédiatement intéressé et c’était lié à ce que j’essaie de faire en bande dessinée. Cela m’a surpris de voir comment dans tant de dessins ukiyo-e, vous voyez le moment où le personnage est en mouvement. Comme une photo. Vous voyez le mouvement comme une histoire en une seule image.

New York et la Japan Society vont être les lieux de votre manga original. Quand êtes-vous arrivé à New York et quand avez-vous découvert la Japan Society ?

Je suis venu à New York en mai 2002. Je suis venu pour la première fois à la Japan Society en 2005. Pour un spectacle je pense. Puis en 2007, on m’a demandé de faire partie de Réaliser une maison. Ce fut une expérience incroyable. Ils ont même utilisé mon dessin pour la couverture du catalogue de l’exposition. Il y avait tant de grands artistes dans le spectacle que je connaissais. J’y ai aussi rencontré quelques nouveaux.

Qu’est-ce qui vous manque sur le Japon ?

La nourriture. La nourriture japonaise me manque. La beauté de la culture japonaise me manque. La politesse. La langue. Mais surtout la nourriture. [Rires.]

Y a-t-il un endroit où vous serez aller à New York pour trouver de la bonne nourriture ?

Sapporo East (c’est le nom d’un restaurant) dans la zone est.

J’ai récemment regardé, que vous aviez récemment fourni des illustrations pour une nouvelle pièce du chorégraphe Jeremy Wade. Quelle était cette expérience ?

Ce fut une expérience différente et géniale ! Ce travail avec Jeremy Wade fut une collaboration formidable. C’étaitla première fois où je travaillais avec un chorégraphe. Je n’avais jamais fait de l’animation avant mais j’aimais travailler avec des animateurs. J’aimerais le faire de nouveau si l’occasion se représentait.

En plus du manga original, vous allez également créer des illustrations originales fondées sur Kuniyoshi. Qu’est-ce que ça va être ?

Je vais choisir plusieurs œuvres durant l’exposition et je vais créer des dessins spécifiquement sur ces œuvres. Je ne fais pas juste une copie de Kunisyohi. Je vais faire quelque chose de complètement différent, et les gens peuvent donc prendre un morceau de ce projet d’accueil avec eux.

Dernière question: Qu’est-ce que vous suivez de plus près en tant que mangaka embauché par la Japan Society ?

Je suis vraiment impatient d »enseigner et de rencontrer de nouvelles personnes. Et je suis impatient d’enseigner et d’apprendre moi-même de mes élèves, des expositions et de Kuniyoshi.

Sources : Interview originale et les fiches reliées sur le même site – NowPublic.

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