Phénix les OVA : Une belle continuité

Je vous avais déjà parlé de Phénix avec mon billet sur Phénix 2772 : Ai no Cosmozone, aujourd’hui je vais continuer de parler de l’adaptation du célèbre manga de Tezuka avec la série des 3 OVAs suivants qui se sont étalés durant deux ans, de 1986 à fin de l’année 1987, soit 6 ans après la film de Taku Sugiyama. En réalité on ne devrait pas parler d’une série de 3 OVA, étant donné que le 1er opus réalisé en 1986 est sorti dans les salles obscure, contrairement aux deux autres épisodes. Seulement au final ils sont en réalité très proches, le film fait à peine 10 minutes de plus que les deux autres chapites (1 heure au lieu de 50 minutes) et l’approche est la même.

Chaque épisode nous compte une histoire indépendante et suit un volume différent du manga (original) de Tezuka. Les trois OVA suivent ainsi les chapitres publiés de 1968 à 1970 dans le magazine de prépublication COM (magazine fondé par Tezuka à travers Mushi production et qui avait comme visé de promouvoir des nouveaux mangakas de talent), seulement dans le désordre. En effet l’ordre des chapitres dans le manga est : Yamato – Uchuu – Ho-o alors que la série des trois OVA suit l’ordre suivant : Ho-o – Yamato – Uchuu, même si cela n’a en réalité que peu d’importance dans leur visionnage.

Cette série d’OVA tourne essentiellement autour d’un couple producteur/réalisateur de deux visages importants de l’animation japonaise : Rintaro et Masao Maruyama. Ces deux personnages ont en fait un parcours assez semblable dans l’animation japonaise, ils travailleront tous les deux en tant qu’animateur dans Mushi Production et le quitteront quelques années avant sa faillite qui aura lieu en 1973 pour fonder ensemble, avec Osamu Dezaki et Yoshiaki Kawajiri, le studio Madhouse en 1972. Ces OVA sont ainsi en partie de véritables hommages à Tezuka, comme il en a été pour d’autres productions des deux animateurs telle que Metropolis. Comme on peut s’en douter, ils ont été réalisé dans un partenariat entre le studio Madhouse et Tezuka Prod.

  • Phénix : Ho-o hen (1986)

Producteurs : Yasuteru Iwase – Masao Maruyama – Rintaro

Réalisateur : Rintaro

Le premier épisode est donc en réalité un film d’environ une heure qui sera projeté dans les salles nippones, l’épisode suit une sorte de destin croisé entre deux personnages confrontés au destin. La richesse de cet épisode et qui caractérisera aussi les deux autres, c’est la force des images qui lui est accordé par une utilisation subtile de l’aspect sonore. Les réalisateurs japonais ont d’avantage plaisir à laisser parfois la parole aux images laissant ainsi la bande son en second plan, contrairement aux américains qui au contraire tentent de combler chaque vide sonore. Cette gestion du son donne toute sa saveur dans cet opus, où la majorité de l’épisode se passe sans aucun fond mélodieux. Les premières minutes sont ainsi très caractéristiques de la chose et ça fonctionne à merveille, les bruitages fournis et l’absence de mélodie donnent tout le stresse à cette entrée. Si cette approche pourrait faire d’abord penser à une négligence de la part du réalisateur, il n’en est en fait rien car on sent par la suite que chaque morceau approche ici de son premier but : Renforcer l’aspect propre à chaque scène. C’est un vrai travail qui donne un résultat excellent, à se demander si on ne devrait pas plutôt légitimer cette approche de cette composante dans l’animation.

L’animation et la chara design sont assez proches de l’esthétique apportée par le trait de Tezuka, les visages en possèdent ainsi les caractéristiques rapidement reconnaissables à la vue de certains personnages. Bien entendu il ne s’agit pas là de l’apport majoritaire de l’adaptation du manga, car tout le génie de conteur de Tezuka est plutôt bien retranscrit dans les épisodes. Ho-o hen se concentre sur le destin de chaque homme et sur une morale assez importante : Chaque homme n’est pas jugé par son rang ou son passé, mais par les actes qu’il effectue dans le moment présent. Il s’agit du fil rouge de l’épisode qui se dessine progressivement au cours de celui-ci avant de totalement se dévoiler dans un final à la fois explicatif et imagé. Il s’agit d’un procédé habituel des récits de Tezuka mais qui n’en reste pas moins à chaque fois jouissif, de plus le récit comporte bien plus qu’une simple morale, mais entrelace aussi une philosophie bouddhiste, notamment sur tout un pan de la réincarnation et du respect de chaque vie.

  • Phénix : Yamato-hen (Août 1987)

Producteurs : Rintaro – Masao Maruyama

Réalisateur : Toshio Harata

Le second épisode dure une quarantaine de minutes et trace la relation entre un voyageur et la fille d’un clan en guerre. Mes synopsis sont minces, ce n’est pas par hasard mais plutôt pour vous laisser le plaisir de découvrir le fil de l’intrigue, qui serait bêtement gâché autrement. Ce second opus donne une dimension plus importante à l’aventure et prend place, comme pour Ho-o, dans une sorte de Japon médiéval. D’un point de vue personnel il reste le moins bon des trois, car il n’intègre pas autant d’éléments intriguant que dans les deux autres épisodes. Il pose cependant les bases d’une récit mêlant amour et devoir, donnant ainsi le point de départ au besoin du héros de faire un choix face à un destin qui semble immuable, procédé qui sera plus tard maintes fois imité dans d’autres productions.

On suit ainsi la destiné d’un personnage qui à contre cœur a dû se séparer de son propre bonheur au profit d’un devoir personnel, cependant ce n’est pas pour autant qu’il en devient mauvais, ce qui joint aussi avec un procédé assez propre de Tezuka où le héros bien que tâché de sang n’en reste pas moins pardonné par ses acquis de conscience. A contrario la suite désamorce l’aspect majeur de la première partie de l’épisode (alors focalisée sur cette dualité dans le héros) pour laisser place plus à une philosophie encore une fois assez bouddhiste du respect de chaque homme. Le tout est assez intriguant dans sa finalité qui est peut-être la chose la plus intéressante de l’épisode, où le récit laisse alors place plus à une réalité provoquant alors une cassure avec l’image romancée que l’on se faisait de l’épisode.

  • Phénix : Uchuu-hen (Décembre 1987)

Producteur : Masao Maruyama

Réalisateur : Rintaro

Tout comme le second épisode, Uchuu-hen dure environ une quarantaine de minutes mais se déroule cette fois-ci dans l’espace. On prend ainsi part au destin de 4 membres d’une station spatiale qui suite à la collision d’une météorite doivent s’échapper par des capsules de sauvetage, tout en le mélangeant avec une intrigue autour d’un membre qui a été assassiné. L’épisode est en fait totalement génial dans l’idée où il ne se passe en fait rien, du moins du point de vue de l’action. La majorité de l’épisode se tient dans les discussions et la mise en place des sentiments de l’équipage qui dérive dans une capsule de sauvetage unitaire, sans qu’ils n’aient aucun moyen de modifier leur trajectoire. En fait l’intrigue est l’une des meilleurs que j’ai pu voir ces derniers temps, tellement elle est exploitée de manière intéressante. Tout l’aspect sonore développé avant prend ici aussi toute sa dimension, et l’épisode arrive à nous tenir en haleine pendant tout le récit. La trame tourne autour d’un personnage en réalité assez mystérieux et totalement lié à l’action du phénix, c’est tellement bien traité que les différents fils de cette intrigue, bien que donnés au fur et à mesure de l’épisode, nous laissent libre de nous imaginer une hypothèse sans pour autant l’invalider (ou la valider) avant la révélation finale. C’est une véritable ingéniosité du point de vue du scénario comme on en voit peu.

L’épisode met aussi en place tout le talent de Tezuka à nous proposer un panel de personnages aux personnalités réalistes et diversifiées. Les personnages possèdent chacun une touche humaine indéniable qui donne ici toute la couleur au récit, et qui sans elles ne donneraient pas autant de relief à l’intrigue principale, l’ensemble formant un tout complémentaire. Il y a aussi tout un aspect réaliste proposé par Tezuka qui donne encore plus de force à l’intrigue et au cours de l’histoire, permettant de surprendre le spectateur habitué à ce que les personnages arrivent continuellement à forcer le destin pour s’en sortir. Il s’agit d’une mise en forme trop peu exploitée dans les dessins animés d’aujourd’hui, où l’acharnement des réalisateurs à vouloir et parfois réussir à donner une certain charisme à leurs personnages les forcent alors à les exploiter jusqu’à la moelle sans s’en séparer.

Conclusion

Finalement ce sont trois OVA de grande qualité qui nous sont proposés ici, si on peut être mauvaise langue en disant que les qualités proviennent avant tout du récit original et non pas de l’adaptation en elle-même, on peut tout de même dire que les réalisateurs ont réussi ici à exploiter le média de l’animation pour donner toute la force à l’œuvre originale. Avec l’usage intéressant de la bande son et une animation qui est de très bonne facture, ces trois OVA restent un excellent moyen de découvrir l’univers de Tezuka et deviennent ainsi un hommage parfaitement réussi de la part de Rintaro et Masao Maruyama.

Une réponse à “Phénix les OVA : Une belle continuité

  1. Si Ho-o approche le chef-d’oeuvre, tends par la réa de Rintaro que par le fait qu’il s’agit de l’adaptation de l’une des histoires les plus mémorables du Phénix, j’avoue avoir été beaucoup moins enthousiaste sur uchuu-hen qui mis à part son graphisme très spécial (Tezuka adapté par Yoshiaki, forcément ;p ), anime comme manga m’a toujours semblé un peu pêcher avec une intrigue qui part un peu à vau-l’eau après le huis-clôt initial très particulier (superbe mise en case dans l’original, d’ailleurs, simple et effficace). Si les leçons que veut nous transmettre Tezuka dans Ho-o sont plutôt évidents, uchuu m’a toujours laissé un peu perplexe, et je regrette que d’autres histoires du Phénix n’ait pas été animé à la place (Future, surtout) dans le cadre de ce projet d’OAV.

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