Manben : L’artbook signé Naoki Urasawa

Naoki Urasawa

Naoki Urasawa (浦沢直樹), je ne sais même pas s’il est nécessaire de le présenter étant donné l’importance qu’on lui accorde au Japon mais surtout en France, pour ceux qui débarquent ou qui n’ont pas la mémoire des noms il suffit de dire Monster, 20th Century Boys et vous devez sûrement vous faire alors une idée du personnage. Personnellement j’apprécie beaucoup ce personnage et ses œuvres (même si malheureusement je n’ai pas encore eu l’occasion de toucher à 20th Century Boys), Urasawa fait preuve d’une réelle volonté de proposer des mangas innovants et qui ont réellement pour but d’apporter quelque chose de nouveau dans le monde du manga. Il suffit de prendre par exemple Monster, à cette époque le genre à la mode était les mangas et les romans de sport et Urasawa a eu du mal et peu d’espoirs en proposant un thriller. A la même manière de Katsuhiro Otomo (大友克洋) avec la science fiction, c’est tout le contraire qui s’est produit et il a en quelque sorte ouvert une nouvelle brèche d’inspiration même si celle-ci n’est pas encore à l’heure actuelle très bien exploitée. L’auteur a tout de même reçu un nombre impressionnant de reconnaissances, avec notamment 3 prix Shogakukan, 2 Osamu Tezuka Cultural Prizes et le prix de la meilleur série au festival d’Angoulême, ce qui n’est franchement pas rien. C’est donc avec un plaisir tout naturel que je me suis procuré l’artbook de cet auteur baptisé Manben, faisant référence à un idéal de perfection dans son art. Il faut aussi noter que c’est une initiative de Panini très appréciable et je les en remercie de tout cœur.

Une des quelques photos de l'artbook

Cet artbook de tout de même 200 pages est découpé en plusieurs parties à chaque fois commentées par le maître. On commence ainsi par une différenciation par deux parties qui se suivent de ses dessins de ses personnages masculins puis ensuite féminins. Il présente ensuite ses quelques séries et différentes scènes d’anthologie de celles-ci, ses vieilles esquisses qu’il avait gardé d’avant et d’après ses débuts (partie d’ailleurs assez importante en terme de pages), une catégorie dédiée à ses dessins d’enfants et d’animaux, puis finit par des dessins de décor et une note personnelle.

Déjà une chose m’a vraiment surpris dans cet artbook en le feuilletant pour la première fois, une chose qui d’ailleurs m’est arrivé à plusieurs reprises, c’est de voir que la mangaka a vraiment touché à tout en terme de technique en dessin. Si je suis très habitué à son coup de crayon employé dans ses mangas, assez caractéristique au final, il faut dire que ses illustrations elles sont très différentes les unes de des autres. Il ne s’agit pas uniquement d’une différence entre aquarelle et peinture acrylique (par exemple, mais il y a aussi de l’infographie ou l’utilisation de crayons de couleur) même s’il utilise les deux, mais plutôt d’une innovation à l’intérieur même de ces textures. Lorsque l’on voit la différence au niveau du résultat entre une illustration de Monster qui baigne dans une ambiance pesante et qui est très colorée avec une illustration de 20th C.B, beaucoup plus précise et plus "propre", je reste tout de même assez impressionné.

Les illustrations de départ sont presque toutes des portraits et proposent ainsi de manière classique pour un artbook une galerie de personnages. Cette partie est surtout intéressante pour la raison dite plus haut, parfois on nous propose aussi quelques planches colorées d’une de ses séries. Chaque série est très brièvement présentée par Urasawa mais laisse tout de même place  à quelques anecdotes intéressantes. La petite déception arrive ensuite dans la catégorie sur les scènes d’anthologie qui nous spoile la tronche d’une puissance incroyable, et encore je n’ose pas imaginer pour quelqu’un qui n’a vu qu’une de ses séries. Je trouve ça plutôt dommage même si d’une certaine manière il est plaisant de voir une de ses scènes en grand format (ce qui en est d’ailleurs sûrement la cause).

Une partie d'une de ses anciennes esquisses.

C’est là qu’arrive une des meilleurs surprises de cet artbook, c’est-à-dire l’apport de quelques un de ses dessins réalisés avant ou juste après ses débuts. Et là on ne peut que rester intéressé tout en esquissant un sourire. C’est une partie vraiment intéressante et est en soi quelque peu indescriptible, on peut voir des dessins plus osés ainsi que cette sensation aussi de "touche à tout" qu’on eu tout les artistes de talent. Cette partie est vraiment intéressante de la part d’Urusawa  et en fait une partie intégrante de la qualité de cet artbook. La partie concernant les enfants en les animaux est aussi agréable même si ça ne m’a pas spécialement marqué, j’ai seulement était un peu étonné de voir qu’il a réalisé pas mal d’illustrations d’animaux humanisés, quelque chose que je n’avais pas encore vu de sa part.

Illustration d'un décor, tout en splendeur

Arrive alors l’une des dernières parties que j’attendais au tournant, celle sur les décors et les machines et c’est très jolie mais c’est surtout vraiment, mais vraiment affreusement court, soit seulement quatre pages pour une catégorie qui en vaudrait au moins le double. Et c’est vraiment dommage car j’aime beaucoup les décors que Urasawa propose dans ses mangas, par exemple dans son manga Plutot avec des villes futuristes. Est-ce parce que l’ensemble de ces décors sont réalisés le plus souvent par ses assistants et non entièrement par lui-même, même si ce sont ses idées ? Je ne sais pas mais les quelques illustrations proposées laisse largement rêver d’une galerie plus grande. La dernière partie fait place à quelques projets commandés à l’époque, je ne peux aussi pas m’empêcher de vous citer un extrait d’une de ces notes que je trouve très juste.

Les pochettes de vinyles, c’était vraiment extra. Quand j’écoutais un disque, j’en profitais pour en regarder de près la pochette en cherchant qui était représenté dessus. C’était une culture très intéressante. Mais les disques compacts sont arrivés. Les CD ont été produits par l’industrie musicale pour se simplifier la vie, et par conséquent, la culture inhérente aux vinyles a disparu comme une bulle de savon. A présent, on me dit souvent que les CD ne se vendent pas. Je me dis que c’est peut-être par manque de culture propre. Quant aux manga disponibles sur le net ou sur téléphones portables, ils n’ont aucun des charmes des manga papier : l’anticipation au moment de tourner la page, la sensation du papier sous les doigts et l’odeur de l’encre. Ce n’est pas parce qu’on peut l’acquérir instantanément et que leur lecture est pratique qu’on doit en déduire que c’est mieux.

Traduction : Alice LACROIX.

J’en finirais donc avec cette note de l’auteur ainsi que sur mon point de vue de l’édition offerte par l’éditeur. J’ai trouvé la qualité de l’artbook plutôt bon, un peu à la même manière que nous avait proposé Kami à l’époque pour le volume 1 de Robot (maintenant réédité par Glénat). La mise en page (que je suppose japonaise) est quant à elle sublime. Manben est donc pour moi un de ses ouvrages que l’on se doit posséder si l’on apprécie comme il se doit Urasawa et est admirablement complet et parfois agréablement surprenant. 25 euros, c’est une petite somme mais ça en vaut à mon goût largement le coût. Petite note par contre pour la partie spoiler qui pourrait brûler les yeux de certains. Une fois fermé, on espère d’autres initiatives de la sorte de la part des éditeurs français, initiatives malheureusement encore beaucoup trop rares.

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9 réponses à “Manben : L’artbook signé Naoki Urasawa

  1. Concernant les récompenses, on peut aussi ajouter un prix du meilleur scénario pour Monster à Angoulême. Et maintenant qu’il est totalement publié en France, tu devrais te jeter sur 20th Century Boy. Si tu adores ce mangaka, tu devrais adorer je pense ^^

    Moi, de mon côté, je suis à deux doigts de craquer pour me procurer cet artbook x]

  2. La dernière image est assez impressionnante, ça m’a un peu rappelé gantz dans l’esprit.

    Après concernant les artbook, j’ai jamais été fan, déjà à cause des prix et je préfère encore acheter les tome d’un manga. Je crois que j’aimerais plus voir une expo,parce que c’est bien l’optique d’un artbook une mini expo personnelle mais quel intérêt ?

    C’est un simple objet de collection ? Ou juste un moyen de faire dépenser un acheteur pour un truc qu’il pourrait trouver sur un blog de l’auteur (concernant les écrits). Et même si ce n’était qu’un recueil d’image, une fois regardé et apprécié, tu ranges ça au placard ? Limite là je préfèrerais des poster de qualité dans des cadres et accroché au mur pour des illustrations qui en valent le coups plutôt que de les savoir dans un livre.

  3. Commentaire intéressant que tu poses là et auquel je vais me dépêcher d’y répondre. Effectivement un art book n’est en fait qu’une galerie personnelle si on exclut les commentaires de l’auteur qu’il comporte. Au fond c’est bien cela, après chacun accorde sa valeur à de "simples" illustrations, personnellement je pourrais regarder plusieurs fois ce genre de livre sans m’en lacer car j’y accorde énormément d’attention, et peut être même plus qu’à un manga. C’est aussi intéressant ta remarque sur le fait de le ranger une fois lu, car c’est la même remarque qui me fait freiner ma tendance à acheter des mangas, car une fois lu ou relu, un manga passe le plus clair de son temps sur l’étagère.

  4. En général une série je la relis minimum 2/3 fois (espacé dans le temps).

    Concernant les artbook, je sais que justement je les regarderais 1 fois mais après basta dans la bibliothèque et ça en sort plus. C’est pour ça que je préfère avoir ça encadré plutôt que dans un livre, le seul soucis c’est qu’on fini par s’en lasser à avoir l’illustration tout le temps sous les yeux.

  5. Je comprends ton idée mais tu accepteras que l’on en revient au même problème, que ce soit pour le manga ou l’artbook, mais avec des niveaux différents en fonction des personnes.

  6. J’ai enfin le précieux entre mes mains: :D

    Un indispensable pour tous fanboys même si on en voudrait plus, surtout sur les décors en effet.

    Pour les animaux humains, j’ai bien rigolé, c’est là que je le trouve le plus doué au niveau du dessin au final. >< Il a renoué avec ça sur son dernier ouvrage, l'étrange Billy Bat.

  7. Ping : Happy! de Naoki Urasawa : heureux les simples d’esprits… | FFenril.info

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